‹ Histoire des CorsesChapitre 166 sur 408 · CHAPITRE VI. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. U

honneur aux lettres, lant que dureront la majesté de la langue Intine et le eharme de la langue grecque, il brillera parmi ces grands hommes desquels il égala le génie, ou, si sa modcsti(^. refuse cet éloge, desquels il approcha.... Indigne sacrilège! Polybe est dans les pleurs et gémit de quelque chose, quand il a les bonnes grâces de César ! Sans doute, Fortune insolente, tu épiais cette occasion de montrer que personne ne peut être

protégé contre toi, pas même César Mais que pleure donc

Polybe ? N'a-t-il pas son cher César qui lui est plus cher que la vie?.... S'il est sain et sauf, tous les tiens sont heureux, tu n'as rien perdu ; tes yeux doivent donc sécher leurs larmes, briller de joie. Dans César tu as tout, il te tient lieu de tout. Fixe donc tes regards sur cette divinité, et la douleur ne

se glissera plus dans ton âme

» 0 Fortune, détourne de César ta main cruelle, et ne signale sur lui ta puissance que par des bienfaits : permets qu'il guérisse les plaies du genre humain, depuis longtemps malade et souffrant, permets qu'il rétablisse, qu'il remette en place tout ce qu'ébranlèrent les fureurs du prince qui l'a précédé. Que cet astre, qui vient briller sur un monde plongé dans l'abîme, englouti dans les ténèbres, rayonne d'un éternel éclat ! Que César pacifie la Germanie, nous ouvre la Bretagne, qu'il obtienne les triomphes paternels et d'autres encore : et moi aussi j'en serai le témoin; j'en ai pour gage sa clémence qui tient le premier rang parmi ses vertus. Car il ne m'a pas tellement abattu qu'il ne voulût pas me relever. Que dis-je ? il ne m'a pas même abattu ; mais quand je tombais, précipité par la fortune, il m'a soutenu ; comme je roulais dans l'abîme, sa main divine, guidée par l'indulgence, me déposa doucement sur ces bords. En ma faveur il a supplié le Sénat, et ne m'a pas seulement accordé la vie, mais encore il l'a demandée pour moi. C'est à lui de voir comment il lui plaira déjuger ma cause : ou sa

Ui CORSICA

justice la reconnaîtra bonne, ou sa clémence la fera telle ; dans les deux cas, il y aura pour moi un égal bienfait, soit qu'il me voie, soit qu'il veuille me voir innocent. Cependant ce m'est une grande consolation dans mes misères, de voir sa miséricorde faisant le tour du monde : elle qui dans ce coin où je suis enterré, est venue trouver tant de malheureux ensevelis sous les débris des ans amoncelés, pour les déterrer et les rendre à la lumière. Je ne ciains pas que pour moi seul elle passe en m'oubliant. Mais le prince, mieux que tout autre, sait l'instant auquel il doit secourir chacun. Pour moi, je mettrai tous mes soins à ce qu'il ne rougisse pas de descendre jusqu'à moi. Heureuse ta clémence, ô César ! elle par qui les exilés vivent sous ton règne avec moins d'alarmes que naguère les princes ne vivaient sous Caius. Ils ne tremblent pas, ils n'attendent pas le glaive à toutes les heures, ils ne pâlissent pas à la vue de tout vaisseau. Grâce à toi, la fortune est limitée dans ses rigueurs, ils ont l'espérance d'un meilleur avenir et le repos du présent. Tu peux reconnaître que la foudre tombe avec justice, quand ceux môme qu'elle a frappés l'adorent. »

Des orties ! encore des orties, ô nobles Corses ! cra im hirhone.

La lettre de consolation se termine par ces mots :

« Voilà, telles que j'ai pu les présenter, les réflexions d'un esprit affaibli et rouillé par une longue inertie. Si elles te semblent peu dignes de satisfaire ton génie, ou peu propres à guérir ta douleur, songe qu'il n'a guère de loisir pour consoler les autres, celui que ses maux personnels absorbent tout entier ; songe combien les mots latins arrivent difficilement à un homme dont les oreilles sont déchirées par le grossier jargon des barbares, choquant même pour les barbares plus civilisés. »

La flatterie ne profita nullement au malheureux Sénèque.

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