CHAPITRE VI
qu'on était au troisième jour des ides d'octobre. Je ne saurais te dire précisément l'heure. On mettrait plus facilement d'accord les philosophes que les horloges. Toutefois, c'était entre six et sept. Claude commença à pousser son âme au dehors, mais il ne put lui trouver une issue. Alors Mercure, qui s'était toujours amusé de ce drôle de corps, appelle une des trois Parques et lui dit : (c Pourquoi, femme cruelle, permets-tu qu'on tourmente ce pauvre homme ? Il ne fallait pas le torturer si longtemps ; voici soixante-quatre années qu'il lutte avec son âme. Pourquoi lui en veux-tu ? Laisse une fois dire vrai les astrologues, qui, depuis qu'il est devenu prince, l'enterrent tous les ans, tous les mois. Du reste ce n'est pas merveille s'ils se trompent ; personne n'a jamais su l'heure de sa naissance. En effet, personne n'a jamais cru qu'il fût né. Allons, fais ta besogne :
Laisse, lui mort, régner un plus digne à sa place !
La Parque coupe le fil de Claude ; mais Lachôsis en forme un autre resplendissant : c'est celui de la vie de Néron. Phébus prend alors sa lyre et
Puisse urt si doux travail, dit-il, être éternel !
Les jours que vous filez ne sont pas d'un mortel :
Il me sera semblable et d'air et de visage,
De la voix et des chants il aura l'avantage ;
Des siècles plus heureux renaîtront à sa voix ;
Sa voix fera cesser le silence des lois.
Comme on voit du matin l'étoile radieuse
Annoncer le départ de la nuit ténébreuse,
Ou tel que le soleil, dissipant les vapeurs,
Rend la lumière au monde et l'allégresse aux cœurs :
Tel César va paraître, et la terre éblouie
A ses premiers rayons est déjà réjouie.
Tels sont les vers indignes par lesquels Sénèque flatte son élève.
ils CORSICA
(( Cependant Claude vomit son âme et cessa de paraître en vie. Il expira, comme il écoutait des comédiens : tu le vois donc bien, ce n'est pas sans cause que je crains ces gens-là ! »
Voici les derniers mots qu'il fit entendre : Vm ! me, puto, concacavi me.
Claude est donc mort. On fait savoir à Jupiter qu'il vient d'arriver un quidam d'une taille honnête, à la tête blanche, qui murmure je ne sais quelle menace, branle continuellement son chef et traîne son pied droit. On ne sait quelle langue il parle : il n'est ni Grec, ni Romain et n'appartient à aucune race connue. Jupiter ordonne à Hercule, qui a longtemps vagabondé par tout le monde, de voir s'il peut déterminer l'espèce. En apercevant cet être singulier, morne et accroupi, ressemblant à un monstre marin. Hercule, qui ne craint pas les monstres, s'imagine qu'il y a là pour lui un treizième travail à accomplir. Mais, en l'examinant de plus près, il lui semble qu'il a comme un homme devant lui. Il l'interroge donc en grec et avec ce vers d'Homère ;
Quel es-tu? D'où Tiens-tu? Quels remparts t'ont vu naître?
Claude est ravi de ce qu'il y a au ciel même des philologues et espère y trouver à placer ses histoires (car il a écrit en grec 20 livres sur l'histoire tyrrhénienne et 8 livres sur l'histoire carthaginoise). Il répond aussitôt également et bêtement avec Homère :
Des bords troyens le vent rae pousse en Ciconie.
La Fièvre, qui seule entre toutes les divinités de Rome a accompagné Claude jusqu'au ciel, lui donne un démenti et l'appelle franc Gaulois. « C'est pourquoi il a fait ce qu'en