‹ Histoire des CorsesChapitre 169 sur 408 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sa qualilc de Gaulois il ne pouvait se dispenser de faire : il s'est emparé de Rome. » (En écrivant à Rome, au moment où les clairons français retentissent à mes oreilles, cette phrase du viçux Romain, j'en comprends toute la force). Claude donne aussitôt l'ordre de couper le cou à la Fièvre. Il gagne à sa cause Hercule qui l'introduit dans la salle des dieux. Mais le dieu Janus propose de ne diviniser à l'avenir aucun de ceux qui mangeront des fruits de la terre, et Auguste lit un rapport d'après lequel Claude aura à évacuer l'Olympe dans l'espace de trois jours. Les dieux approuvent la sentence et Mercure entraîne l'empereur aux enfers.

Sur la voie sacrée ils rencontrent justement le convoi funèbre de Claude, qui est ainsi décrit :

« Le cortège était des plus magnifiques, et comme on n'avait rien épargné pour la dépense, il était aisé de voir qu'on enterrait un dieu : des gens avec flûtes, cornets, trompettes de mille formes, il y en avait une telle foule, une telle cohue, que Claude lui-même eût pu les entendre. Tous étaient pleins de joie, pleins d'allégresse. Le peuple romain se promenait comme en liberté. Agathon et quelques avocats pleuraient, mais de tout cœur, les jurisconsultes sortaient de leurs tombes, pâles et maigres, ayant à peine un souffle, comme des malheureux qui revenaient à la vie. L'un d'eux, voyant les avocats qui se groupaient et déploraient leur fortune, s'approcha d'eux et leur dit : « Je vous disais bien que les saturnales ne dureraient pas toujours ! » Claude, voyant ses funérailles, comprit qu'il était mort ; car on chantait à tue-tête cette hymne de deuil, en vers anapestes :

0 cris ! ô perte ! ô douleurs !

De nos funèbres clameurs Faisons relentir la place :

Que chacun se contrefasse;

Crions d'un commun accord :

Ciel ! ce grand homme est donc mort ?

Il est donc mort ce grand homme?

Hélas ! vous savez tous comme

Sous la force de son bras

Il mit tout le monde à bas.

Faillait-il vaincre à la course,

Fallait-il jusque sous l'Ourse,

Des Bretons presque ignorés,

Du Cauce aux cheveux dorés

Mettre l'orgueil à la chaîne,

Et sous la hache romaine

Faire trembler l'Océan ?

Fallait- il en moins d'un an

Dompter le Parthe rebelle ?

Fallait-il d'un bras fidèle

Bander l'arc, lancer des traits

Sur des ennemis défaits.

Et d'une audace guerrière

Blesser le Mède au derrière ?

Notre homme était prêt à tout.

Pleurons ce nouvel oracle.

Ce grand prononceur d'arrêts.

Ce Minos que par miracle

Le ciel forma tout exprès.

Ce phénix des beaux génies

N'épuisait point les parties

En plaidoyers superflus ;

Pour juger sans se méprendre

Il lui suffisait d'entendre

Une des deux tout au plus.

Quel autre toute l'année

Voudra siéger désormais ;

Et n'avoir dans sa journée

De plaisir que les procès ?

Minos, cédez-lui la place.

Déjà son ombre vous chasse,

Et va juger aux enfers.

Pleurez, avocats à rendre.

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