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CHAPITRE IX

Il existe en Corse un grand nombre de superstitions fort poétiques sur la mort : la mort est ici le véritable génie de la poésie populaire, et c'est bien dans cette île des sanglantes vengeances qu'elle doit résider. J'appellerais volontiers la Corse rile de la Mort, comme on a donné h d'autres îles le nom d'Apollon, de Vénus ou de Jupiter.

Lorsque quelqu'un doit mourir, on voit paraître sur sa maison une pâle lueur qui annonce sa fin prochaine. Pendant la nuit entière l'orfraie crie, le chien hurle, parfois même un fantôme frappe sur un petit tambour et fait entendre un sourd roulement. Souvent les trépassés viennent la nuit dans une maison pour y apporter le funèbre message. Comme les Frères de la Miséricorde, ils s'avancent gravement, affublés de longues cagoules blanches, au capuchon pointu percé de deux trous, par lesquels on voit briller des yeux de spectre ; ils se rangent autour d'une bière, les uns la soulèvent et la portent, pendant que d'autres la précèdent ; et ils continuent leur lugubre cérémonie jusqu'au chant du coq. Alors ils disparaissent et fuient au cimetière ou à l'église, au fond de leurs tombeaux.

Les morts aiment à se réunir. Si tu passes la nuit dans un cimetière, tu les verras surgir de tous côtés. Fais alors une croix sur la crosse de ton fusil et que le coup des spectres retentisse. Une forte détonation produira son effet : si tu tires au milieu des revenants, ils se disperseront aussitôt, et ne pourront plus se rejoindre qu'au bout de dix années.

Parfois les morts s'approchent du lit du survivant ; ils se placent à son chevet et lui disent : « Cesse tes plaintes, sèche tes larmes, carj'ai la certitude d'être un jour heureux. »

Lorsque, par une nuit tranquille, tu t'assieds sur ta couche et que l'affliction de ton urne ne te permet pas de reposer, tu entends parfois les morts t' appeler par ton nom et crier : 0 Mari !... o Jisè !... De grâce, garde-toi de répondre, quel-

que lamentable que soit leur appel et bien que tu sentes ton cœur se déchirer à cette voix ! Tais-toi ! sinon, tu

mourras

(( Andate, andate ! la tempête arrive. Voyez là-bas cette trombe qui rase l'Ile d'Elbe )>. Et la noire colonne s'avançait sur les flots, comme un gigantesque fantôme, plein d'une horrible majesté ; la lune avait disparu, et le rivage et la mer n'étaient éclairés que par les lueurs blafardes de l'orage. « Dieu soit loué ! Nous voici près de la tour de Bastia. La Sainte-Mère de Dieu nous est venue en aide. » Dès que nous fûmes descendus à terre, la tempête éclata ; mais nous étions dans le port.

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