LE CRÂNE COURONNÉ
Dans la paisible cour du couvent je m'assis : — un crâne était à mes pieds. — Il écoutait en riant, caché dans le gazon. — Il me salua avec amitié.
Une s'inquiétait point de la vulgaire poussière, — car autour de son front chauve, — serpentaient avec leur feuillage protecteur — les branches fleuries de la tendre clématite.
Il me sembla que le crâne^ me disait : — « J'étais jadis un prêtre corse ; — j'expliquais tout doucement à mes frères — le texte de l'Evangile.
Je prenais pour thème cette parabole : — Je suis la vigne et vous êtes les raisins. — Cette comparaison je l'avais toujours à la bouche : — le sens en est simple et précis.
Et simple aussi était mon sacrement, — la profonde doctrine de la cène : — Rien ne vaut sur la terre — les raisins et les épis.
Je les distribuai à plus d'un hôte ; — je donnai au pauvre la bénédiction de Dieu ; — j'étais heureux ; et après la courte étape d'ici-bas, — je me couchai gaiement au tombeau.
Vois, mon fils, ce jeune feuillage ! — J'ai dû quitter la vie ; — mais en récompense de mes bonnes actions, mon crâne est ici paré — de la verte couronne que j'aimais autrefois à porter.
Sois maintenant mon hôte ! Goûte le vin, — savoure les raisins du couvent! — Qu'après la mort ton front soit un jour, comme le mien, — couronné d'un rameau verdoyant ! »