LE VIEIL ERMITE
Multa linquitis, morlales, non quia conlemnitis, secl quia desperalis posse consequi ; excitant enim se alternis slimulis spes et desiderium.
Pétrarque {De contemptu mimdi).
On m'avait dit à la Stretta qu'un de mes compati-iotes vivait dans le village : c'était un vieux Prussien en béquilles et fort original. On lui avait aussi parlé de mon arrivée.
Lors donc que je revenais de la chambre où mourut Clément Paoli, tout absorbé par le souvenir de ce pieux héros, mon compatriote en béquilles s'avança vers moi clopin-clopant, et me donna une patriotique poignée de main. Je fis apporter à déjeuner. Nous nous mîmes à table, et pendant des heures j'écoutai les singulières histoires que me raconta le vieil Augustin de Nordhausen.
« Mon père, dit-il, était pasteur protestant. Il voulait m'élever dans la religion luthérienne ; mais dès mon enfance, j'eus de l'aversion pour le protestantisme, et reconnus que la doctrine luthérienne est une profanation de l'unique et véritable église, comme elle l'est réellement en esprit et en vérité. J'eus l'idée de devenir missionnaire : je suivis donc à Nordhausen les cours de latin, et fis ma Logique et ma Rhétorique. Après quoi, je partis pour la belle Italie. Je me