‹ Histoire des CorsesChapitre 221 sur 408 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

— Est-ce que l'île a des pierres rares ?

— Oui, du beau granit, et de la tourmaline noire qui se trouve dans une roche blanche. J'y ai vu aussi trois espèces de grenat noir. Enfin je tombai gravement malade. Par bonheur, des Toscans vinrent à Montecristo, et me ramenèrent sur le continent. Et depuis onze ans je suis ici, dans ce pays de fripons, car il n'y a ici que des fripons. Ce sont les médecins qui m'y ont fait venir. Mais, à la fin de l'année, j'espère bien retourner en Italie. C'est le pays du monde où l'on vit le mieux ; et les gens y sont si aimables ! Vous le

voyez, je vieillis, je marche déjà sur des béquilles Je me

dis un jour : « Tu es vieux, tu ne pourras bientôt plus exercer ton métier d'ébéniste ; iras-tu mendier alors?.... y> Je suis parti pour la montagne, et j'ai découvert le Negroponte.

— Qu'est-ce donc que le Negroponte ?

— C'est la terre avec laquelle on fait les pipes à Negroponte : chez nous on l'appelle écume de mer. C'est la fme fleur d'une certaine pierre. Le Negroponte est ici aussi beau qu'en Turquie ; si je parviens à l'extraire, je serai le seul chrétien qui l'ait fait. »

Le vieil Augustin voulut à toute force me mener à son laboratoire. Il l'a installé dans le cloître même, au-dessous de l'ancienne habitation du pauvre Clément. Là il me montra tout joyeux son Negroponte, et les têtes de pipe qu'il avait déjà fabriquées et exposées au soleil pour les faire sécher.

Il n'y a point d'homme, je pense, qui ne désire, une fois dans sa vie, se retirer au fond des vertes forêts et devenir ermite ; et il arrive aussi toujours une heure où l'on envie le silence du Trappiste.

J'ai esquissé le portrait de Frère Augustin, parce qu'il m'a intéressé, comme un vrai type de la nature allemande.

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