CHAPITRE VI
pour la merveille de Padoue. Il pouvait répéter 36,000 noms après les avoir entendus une seule fois. On l'appelait Guidi dalla gran memotia. Il ne produisit rien : la mémoire avait tué en lui la force créatrice. Pic de la Mirandole, qui était aussi merveilleusement doué sous ce rapport, mourut à la fleur de l'âge. Il en est de la précieuse mémoire comme de toutes les autres facultés : le ciel veut nous punir quand il nous en accorde une trop large part. . J'ai déjà cité le nom de Salvatore Viale, né à Bastia, où il vit encore, chargé d'années. C'est le poète le plus fécond que l'île ait produit. Il a composé la Dionoynachia, poème héroï-comique dans le genre de la Secchia rapita de Tassoni, et a traduit Anacréon ainsi que plusieurs pièces de Byron (Byron en Corse !). Doué d'une infatigable activité littéraire, Viale a surtout bien mérité de ses compatriotes par ses illustrations de leurs mœurs nationales. L'île possède aussi un traducteur d'Horace : c'esl Giuseppe Ottaviano Savelli. Je pourrais citer d'autres poètes indigènes, comme le poète lyrique Biadelli, de Bastia, mort en 1822. Mais leurs vers ne sortiront pas de leur pays. Les plus belles poésies que les Corses aient produites, ce sont leurs chants populaires, et leur plus grande muse, c'est la douleur.