‹ Histoire des CorsesChapitre 249 sur 408 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

vêtements et lancent de la cendre en l'air pour la faire retomber sur leur tête. David prend ses vêtements et les déchire à la nouvelle de la mort de Saul et de Jonathas, et il s'afflige, et il pleure, et il se lamente ; et il pleure de même en fuyant devant Absalon : il se couvre la tête et marche nu-pieds.

Les manifestations de la douleur sont encore plus violentes chez les personnages d'Homère. Achille gémit sur la mort de Patrocle, et s'enveloppe dans un sombre nuage de tristesse. De ses deux mains il pi end de la cendre, et en répand sur sa tête :

« Lui-même est étendu sur la poussière, couvrant de son grand corps un grand espace, et s'arrachant les cheveux. Et les femmes que lui et Patrocle avaient faites prisonnières poussent de grands gémissements, et, se précipitant hors des tentes, accourent auprès d'Achille. De leurs mains toutes se frappent la poitrine, et leurs genoux se dérobent sous elles (1). y>

A la mort d'Hector, Hécube s'arrache les cheveux, et Priam pleure et se lamente ; et, plus tard, lorsqu'il demande à Achille un lit pour se reposer, il lui dit :

« Je n'ai pas fermé les paupières depuis le jour où mon fils est tombé sous vos coups ; j'ai passé tout ce temps-là à soupirer et à gémir, étendu à la porte de mon palais sur la cendre et sur la poussière. »

C'est ainsi que, dans Firdusi, le héros Rustem s'arrache les cheveux pour la mort de son fils Sohrab ; il rugit de dou-

1) Iliade, Trad. de M. Dacier.

leur, et pleure du sang. La mère de Sohrab se jette des charbons ardents sur la tête, déchire sa robe, tombe et retombe toujours en faiblesse, remplit la salle de poussière, pleure jour et nuit, et meurt au bout d'une année. La passion prend ici des proportions colossales, et les héros eux-mêmes sont des géants.

Dans les Nibelungen, la plus grande tragédie de la vengeance que l'on connaisse, la passion et la douleur se manifestent avec non moins d'énergie. Autour du cadavre de Siegfried, Chriemhild pousse des cris déchirants. Le sang lui sort de la gorge; elle pleure du sang sur le corps chéri, et toutes les femmes la soutiennent de leurs gémissements.

Dans presque tous ces passages, les complaintes sont comme l'épanchement lyrique de la douleur, et prennent la forme de chants. En l'honneur des voceri corses, plaçons ici le plus sublime des lamenti, la complainte de David sur la mort de Saùl et de Jonathas.

(( Pleure, ô Israël, sur ceux qui sont morts par le glaive sur tes coteaux. Hélas ! comment ces héros sont-ils morts ?

« N'annoncez point cette nouvelle dans Geth ; ne la publiez point dans les places publiques d'Ascalon ; de peur que les filles des Philistins ne s'en glorifient et que les filles des incirconcis n'en triomphent de joie.

« Montagnes de Gelboé, que la rosée et la pluie ne tombent jamais sur vous ; qu'il n'y ait point sur vos coteaux de champs dont on offre les prémices; parce que c'est là qu'a été jeté le bouclier des vaillants d'Israël, le bouclier de Saiil, comme s'il n'eût point été sacré de l'huile sainte.

(( Jamais la flèche de Jonalhas n'est retournée en arrière ; mais elle a toujours été teinte du sang des morts, du carnage des plus vaillants ; et l'épée de Saûl n'a jamais été tirée en vain.

» Saiil et Jonathas, ces princes qui pendant leur vie étaient

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