CHAPITRE VII
Eju di li femminelli Era scia a lu fuconi ; Eu li me' cinque fratelli Li pudia tutti disponi.
Avà si chi l'aghiu persu Lu dirittu di ragioni.
Bogliu tinghiemi di neru, Bogliu poni li falletti :
Nissun segnu d'alegria Mai più mi vogliu metti Pe li me' cinque fratelli, Babbu e mamma, chi sô setti.
Epo' vogliu manda in Ascu A cumprà lu negru fumi :
Bogliu tinghiemi di ncru, Gume d'un corbu li piumi.
La me' vita scendi e corri Cume l'acqua di lu fiumi.
Un bideti li me' occhi ?
Sô turnati dui funtani
J'étais la seule femme — au foyer paternel ; — mais mes cinq frères — étaient tous à ma disposition ! — Ah ! c'est maintenani que j'ai perdu — tous les droits de la raison !
Je veux me teindre en noir^ — je veux me couvrir de la faldeUa\ — aucun signe d'allégresse — ne paraîtra plus sur moi, — car j'ai perdu cinq frères, — mon père et ma mère, — en tout sept personnes.
Je veux envoyer à Asco — acheter du noir de fumée ; — je veux me teindre en noir — comme le plumage du corbeau ; — et que ma vie coule et se précipite — comme l'eau du torrent.
Ne voyez-vous pas mes yeux ? — Ils sont devenus deux sources, — qui
Pe' li me' duï iVatelli Appachiati in una mani.
Or hanu lu so da fà A murtoriu li campani.
Lu me' bottulu dill'oru, La me' jemma dill'anellu !
0 Pieru, lu me' cuntentu !
Od Orà, lu me' fratellu !
Nu la chiesa di Tallanu Un ci entiianu cum'ed ellu.
E lu più ch'eo mi lamentu È di Yoi, signor Curatu, Perché contru a me' famiglia Vi mustraste eu si ingratu :
In tre anni furnu setti, Chi boi n'aïte levatu.
Or li Yogliu accumpagnà Finu a u pedi di li chiassi ; Mi ne vogliu riturnà, Lagrimandu a occlii bassi.
Pe li me' cinque fratelli Questi sô lultimi passi.
pleurent mes deux irères, — tués dans une seule matinée. — Ah! les cloches auront à faire — pour sonner le glas funèbre !
0 mon bijou d'or, — le joyau de ma bague ! — Pierre, ma joie ! — Horaco, mon frère ! — Dans l'église de Tallano — on n'en voyait point entrer comme lui.
Et je me plains surtout — de vous, Monsieur le curé, — qui envers ma famille — vous êtes montré si ingrat : — en trois ans, ce sont bien sept membres — que vous lui avez ravis.
Je vais maintenant les accompagner — jusqu'aux abords des sentiers; — puis, je m'en retournerai — en pleurant, la tête basse. — Pour mes cinq frères, — ce seront là mes derniers pas.
CHAPITRR Vn.
VOCERO DI MARIA FELICE DI CALACDCCIA, IN MORTE DBt PRATELLO
(Dialetto di Niolo)
Eu filava la miô rocca, Quandu intesu un gran rumore Era un colpu di fucile, Che m'intrunô nu lu core ; Parse ch'unu mi dicissi :
Corri, u to fratellu more.
Gorsu in caméra suprana, E spalancaju la porta.
Ho livatu indu lu core, Disse, ed eju cascaju morta...
S'allora nun morsu anch'eju, Una cosa mi cunibrta.
Vocero de Maria Felice de Calacnccia, sur la mort de son frère. (Dialecte de Niolo).
Je filais ma quenouille — quand j'entendis un grand bruit : — c'était un coup de fusil, — qui me résonna jusqu'au fond du cœur ; — il me sembla qu'une voix me disait. : — cours, ton frère se meurt.
Je courus à la chambre supérieure, — et j'ouvris la porte toute grande. — Je suis blessé au cœur, me dit-il ; — et moi, je tombai sans vie... — Si alors je ne mourus pas aussi, — une seule chose me console.
Bogliu veste li calzoni, Bogliu cumprà la terzetta ; Per mustrà la to camiscia Tantu nimmu nun aspetta, A tagliassi la so varba Dopu fatta la vindetta.
A fane la to bindetta Quale voli chi ci sia?...
Mammata vicinu a more ?
0 a to surella Maria ?
Si Lariu nun era mortu, Senza strage nun finia !
D'una razza cusi grande Lasci sola una surella, Senza cugini carnali, Poveia, orfana e zitella.
Ma per fà la to bindetta, Sta siguru, basta anch'ella.
Je veux revêtir le panlnlon, — je veux acheter un pistolet. — Aussi bien, je n'ai personne — à qui montrer ta chemise sanglante, — personne qui attende pour se couper la barbe — que mon frère soit vengé.
El qui serait là — pour te venger?... — Ta mère près de mourir? — ou bien ta sœur Marie ? — Ah, si Lario n'était pas mort, — il y aurait certainement du carnage !
D'une si grande famille — il ne reste que ta sœur, — jeune, pauvre, orpheline, — sans cousins germains. — Mais pour te venger, sois Iran quille, — elle seule suffit.