‹ Histoire des CorsesChapitre 283 sur 408 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et vous récitait des pages entières du Tasse ou de l'Arioste, de Boileau ou d'Horace, de Voltaire, de Machiavel, de Tite- Live ou de Rousseau. Comme nous parlions de littérature, je lui dis un jour : « N'avez-vous jamais rien lu de Gœthe? — Non, répliqua l'érudit ; parmi les Anglais je ne connais que Pope. ))

Mes aimables commensaux, dont faisait partie l'unique peintre corse que j'aie connu, me conduisirent aux carrières de marbre de Gorte. C'est une pierre presque bleue avec des veines d'un blanc rougeâtre, qui peut être d'un bon usage en architecture. Dans la carrière, on était en train de faire rouler de la montagne un bloc devant servir à une colonne. On l'avait placé sur des rouleaux et, au moyen de la vis d'Archimède, on le poussa jusqu'au bord du chemin en pente qui de la carrière mène à l'endroit où les pierres sont taillées. Puis, la grande masse descendit en labourant le sol, enveloppée d'un noir nuage de poussière ; et lorsqu'elle roulait ainsi, elle tintait comme une cloche argentine. Au pied de cette montagne, la Restonica fait marcher une scierie de marbre. On emploie sept jours pour scier un bloc en trente planches. Corte a donc donné un démenti à Sénèque disant : Non pretiosiis lapis hic cœditur, (on n'y taille point de pierres rares). Au demeurant les paroles de Sénèque conservent toute leur valeur : les pierres rares sont restées en Corse un capital improductif.

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