CHAPITRE III
Mais, tout-à-coup, sur ce roc solitaire, l'âme ouvre ses ailes, et, traversant le monde de l'imagination, elle vole vers les douces images qui lui sont familières ; et alors l'homme n'est plus seul.... Je prête l'oreille vers la montagne ; il me semble parfois entendre un sauvage éclat de rire : c'est la Restonica qui fait rage. Ces rocs, produits des premiers embrassements enflammes d'Uranus et de Géa, furent les témoins muets des angoisses de l'antique création.
L'air froid me repoussa au coin du feu. Enfin la fatigue m'endormit. Mais je fus soudain réveillé par la \oix stridente de Santa criant à plusieurs reprises : « SpettacoU divini ! S'pettacoli divini ! » et elle remit en ordre ses enfants qui s'étaient débandés dans les attitudes les plus comiques : Fleur-de-Lys, enroulée comme une couleuvre, couvrait à demi sa mère, la petite Paola m'enlaçait le cou dans l'un de ses bras ; l'enfant endormie avait peut-être cru entendre quelque sinistre hibou, ou bien avait-elle vu en rêve un de ces vampires qui viennent sucer le sang du cœur ?
Je passai le reste de la nuit assis, à regarder la flamme, et songeai au nombre infini de sorciers que la Sainte Eglise Romaine a fait autrefois brûler pour la plus grande gloire de Dieu.