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AU SOMMET DE LA MONTAGNE

Le jour commençait à poindre. Je sortis pour me restaurer aux ondes claires et fraîches de la Restonica qui, inquiète et bouillante de jeunesse, bondissait de roc en roc vers la vallée. Ce torrent a une belle existence. Après douze heures d'une course délicieuse par des forêts toujours vertes, il va mourir dans le Tavignano. J'aime la Restonica. Je connais toutes les phases de sa vie, depuis sa naissance jusqu'à sa fm, et elle m'a versé plus d'une boisson salutaire ; ses eaux ont la transparence, la fraîcheur et la légèreté de Téther, et leur réputation s'étend au loin dans toute l'île. Je n'en connais pas de supérieures : elles m'ont toujours réconforté mieux que les vins les plus exquis. Cette source incomparable possède un tel mordant qu'elle polit bien vite le fer, et le préserve de la rouille. Roswell savait déjà que les Corses du temps de Paoli trempaient dans la Restonica les canons de leurs fusils pour les dérouiller. Le gravier et les roches qu'elle inonde prennent l'éclat de la neige, et jusqu'au lieu où elle débouche dans le Tavignano, son lit et ses rives sont ornées de pierres aussi blanches que le lait.

Quand j'invitai mon guide à monter avec moi au sommet du Rotondo, il m'avoua qu'il n'en connaissait pas le chemin. Angelo m'y accompagna. Notre ascension commença à trois heures du matin. Elle fut plus périlleuse et infiniment plus pénible que je ne l'imaginais.

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