‹ Histoire des CorsesChapitre 296 sur 408 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE CORTE Â ÂJACCIO

La route qui mène à Ajaccio s'élève au sud jusqu'au Monte d'Oro, et cette montée dure plusieurs heures. On traverse un pays accidenté, mais en pleine culture, et des bois de châtaigniers magnifiques. Il n'y a rien de plus riant que les paysages du canton de Serraggio, ancienne piève de Venaco. Des ruisseaux, qui descendent du Rotondo, arrosent une campagne verdoyante, dont les collines sont couronnées de villages, tels que Santo-Pietro, Casanova, Riventosa, et Poggio.

Poggio-di-Venaco garde toujours le souvenir d'Arrigo Golonna qui, au dixième siècle, fut comte de Corse. On peut y saisir en passant le vague profil de plus d'une poétique légende ; et c'est là un des grands charmes des voyages. Arrigo était si bien fait de sa personne et de manières si avenantes, qu'on l'appelait le Bel-Messere, nom qui lui est resté parmi le peuple. Relie et noble était aussi son épouse, et les sept enfants qu'il en avait eus brillaient de toutes les grâces de la jeunesse. Mais ses ennemis furent jaloux de sa puissance, et un Sarde farouche se joignit à eux pour le perdre. Ils le poignardèrent dans une embuscade ; puis, s'emparant des sept jeunes enfants, ils les précipitèrent du haut du pont appelé, dit le Chroniqueur, Ponte de sette polli, en souvenir de ceux qui furent noyés comme des poulets.

Page 1