‹ Histoire des CorsesChapitre 298 sur 408 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

appartiennent à l'Etat, la plupart aux communes. Il y a encore ici de grands trésors à faire valoir.

Je vis une couleuvre s'ensoleiller sur la route. La Corse ne possède que deux espèces de serpents, et n'a point de bètes venimeuses, en dehors d'une araignée appelée Malmignaito, dont la piqûre cause un refroidissement subit des membres et quelquefois la mort. On cite aussi une fourmi venimeuse, VInna/antaio.

Je traversai la foret en plein midi. Il faisait une chaleur étouffante ; mais il jaillit là de tous les rocs des eaux si fraîches et si légères que l'on est vite restauré. Elles vont toutes se jeter dans la Gravona. Il faut bien que Sénèque n'ait jamais parcouru les montagnes corses pour avoir dit dans son épigramme que l'île manque de sources.

Nous arrivâmes enfin au col, point culminant de la route d'Ajaccio, situé à 3,500 pieds au-dessus du niveau de la mer. C'est la Foce-di-Vizzavona^ dont les chants populaires corses font souvent mention.

A ce point la route s'incline vers la Gravona, vallée fertile formée par deux chaînes de montagnes. La chaîne Nord part du Monte d'Oro et aboutit au-dessus d'Ajaccio, à la Pmita délia Parata. EWe sépare le bassin de la Gravona de celui du Liamone. La chaîne Sud descend du Monte-Renoso dans une direction parallèle à la première, et sépare la vallée de la Gravona de la vallée de Prunelli. Des deux côtés de la rivière, des villages couronnent les hauteurs. Ils me semblèrent plus riants que tous ceux que j'avais vus jusqu'alors en Corse.

Le premier, c'est Bocognano, situé non loin de la sauvage gorge de Vizzavona: il est entouré de sombres montagnes couvertes de forêts et couronnées de neige, et le paysage est partout empreint d'une sublime gravité. Sa population se compose de pauvres bergers, race forte et vaillante. Ceux d'entre eux qui ne se nourrissent pas de lait, vivent de châtai-

gnes. Il y en a qui fabriquent \epelone. Tous sont armés. L'aspect de ces hommes robustes, avec leur fusil à deux coups, leur carchera et leur brun vêtement de laine, s'harmonise avec les âpres montagnes et les sombres forêts de pins qui les entourent. Ces montagnards corses paraissent être de fer, comme les mousquets qu'ils portent. On dirait que ce peuple s'est rouillé ici en plein moyen-âge.

La route descend toujours dans la direction d'Ajaccio. Enfin nous aperçûmes le golfe. Il était cinq heures du soir quand nous arrivâmes près de la ville. De plus riches cultures, des coteaux couverts de vignobles, des champs d'oliviers, une plaine fertile (Campo-di-Loro), où la Gravona débouche sur le golfe, nous annoncèrent le chef-lieu de la Corse. La ville se montra enfin, comme une ligne de blanches maisons au bord de la mer, au pied d'une série de collines et entourée de villas. On y arrive en longeant le golfe par une allée d'ormeaux. C'est ainsi que, plein d'une émotion joyeuse, je visitai l'humble berceau de l'homme qui ébranla le monde.

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