AJACCIO
A l'extrémité septentrionale d'un golfe superbe, l'un des plus beaux du monde, se trouve Ajaccio. Les deux rives du golfe sont d'inégale longueur : le côté Nord, le plus court, s'étend à l'Ouest jusqu'à la Pimta délia Parata, promontoire faisant face aux Iles Sanguinaires ; le côté Sud décrit des sinuosités nombreuses et va mourir au Cap Muro, que les navigateurs n'ont qu'à contourner pour atteindre la baie de Valinco.
La côte septentrionale est déserte ; au Sud on aperçoit quelques villages, des phares et des tours. A la pointe Nord s'élèvent de hautes montagnes, entre autres le Pozzo-di- Borgo ; ce sont les limites de la vallée de la Gravona, qui aboutit au fertile Campo-di-Loro.
On prétend qu'Ajaccio est l'une des villes les plus anciennes de la Corse. Dans leurs fables, les chroniqueurs attribuent son origine à Ajax, d'aucuns même à Ajazzo, fils du prince troyen qui, parcourant avec Enée la mer occidentale, après avoir enlevé Sica, nièce de Didon, aurait réuni son nom à celui de son épouse pour appeler l'île Corsica. Au dire de Ptolémée, sur ce golfe s'élevait jadis Urcimmi qui ne serait autre que VAdjacium des premiers temps du moyen-âge ;
cette ville est toujours mentionnée avec les plus anciennes de la Corse, Aleria, Mariana, Nebbio et Sagone, aujourd'hui disparues.
L'ancien Ajaccio n'était pas à la place qu'occupe la ville actuelle, mais sur le mont San-Giovanni, situé plus au Nord. On voit encore au sommet de la colline les débris d'un château appelé Gastel-Vecchio ; il ne reste plus de traces des ruines de la cathédrale, sur lesquelles les évoques d' Ajaccio continuèrent longtemps à se faire consacrer, et rien ne révèle maintenant au voyageur qu'une ville a existé là. On a découvert, dit-on, dans les vignes voisines un grand nombre de médailles romaines, de grands vases en terre cuite, de forme ovale, et des urnes funéraires contenant toujours un squelette et une clef. On y montrait même autrefois, paraîtil, les tombeaux voûtés des rois maures : on n'en aperçoit plus le moindre vestige.
La ville moderne fut bâtie, ainsi que la citadelle, par la Banque de Saint-Georges en 1492. Elle était le siège d'un Lieutenant ; ce ne fut qu'en 1811 qu'à l'instigation de Madame Letizia et du cardinal Fesc'i, qui voulaient distinguer des autres le lieu où l'empereur et eux-mêmes étaient nés, on en fit la capitale de la Corse.
Pour bien voir Ajaccio, il faut monter sur la hauteur de San-Giovanni qui le domine. De là, la ville présente l'aspect le plus riant ; il n'y a point de site en Corse qui puisse lui être comparé. Son horizon est superbe : de hautes montagnes nuageuses s'avançant au loin vers les terres, un golfe majestueux enveloppé d'un brillant manteau d'azur, les splendeurs d'un ciel méridional, la végétation de l'Italie, on ne saurait imaginer un ensemble plus harmonieux ; et c'est là que sous de verts ormeaux, repose une paisible petite ville de 11,500 habitants, commandant à un pays qui semble destiné à porter une grande capitale.
Sur une langue de terre, dont la pointe soutient le château,