‹ Histoire des CorsesChapitre 302 sur 408 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

vers.... Le gouvernail se brisa un jour dans sa main, et l'insulaire corse alla échouer à Sainte-Hélène.

Le golfe d'Ajaccio n'est pas exposé au mistral comme celui de Saint-Florent : il est à l'abri de toutes les tempêtes, et pourrait recevoir les plus grandes flottes du monde. Mais le port est désert. Une fois par semaine un bateau à vapeur vient de Marseille apporter les dépêches du continent et quelques marchandises usuelles. J'ai souvent entendu les Corses se plaindre que la ville natale de Napoléon, malgré sa position et son climat incomparables, occupât en France le rang d'une petite ville de province. Pour voir quelle est ici la pauvreté du commerce et de l'industrie, on n'a qu'à faire un tour sur la Place du Marché : presque toutes les boutiques de la 'ville se trouvent là au rez-de-chaussée des maisons. Les professions les plus communes y figurent presque seules, celles des tailleurs et des cordonniers. Quant aux magasins d'objets de luxe, ils sont de piteuse apparence et ne contiennent, en général, que des vieilleries.

Je n'ai vu à Ajaccio qu'un seul libraire ; encore était-il en même temps mercier : il vendait, avec des livres, du savon, de la tresse, des rubans et des couteaux. Cependant l'Hôtel de ville possède une bibliothèque de 27,000 volumes. Lucien Bonaparte en a fourni les premiers éléments ; et par là ce prince a, dit-on, mieux mérité de son pays que par la publication de sa Cyrnéide, poème en 12 chants. La Préfecture a aussi une estimable collection de livres et de manuscrits, et ses archives contiennent de précieux documents sur l'histoire de la Corse.

C'est à l'Hôtel de Ville que l'on conserve les tableaux légués par le cardinal Fesch à ses concitoyens. Ils sont au nombre de 1000. Ajaccio n'ayant pas de musée, le public ne peut jouir de la vue des ces peintures, qui depuis longtemps ornent les greniers. La maison de Fesch fut affectée d'abord à un établissement de jésuites, puis au collège qui porte

maintenant son nom. Cette école se compose d'un principal et de douze maîtres pour les différentes facultés.

Ajaccio est bien pauvre en institutions et en édifices publics. Sa richesse la plus grande, c'est la maison Bonaparte.

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