‹ Histoire des CorsesChapitre 309 sur 408 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

noble résolution. Son patriotisme ne devait pas être bien ardent, puisqu'une fois rentré à Ajaccio, il y devint, sous le gouvernement même de la France, assesseur à la Cour royale. Il fut l'objet des attentions de Marbeuf, qui lui fit obtenir plus tard une bourse au séminaire d'Autun pour Joseph, l'aîné de ses enfants, et une autre à l'Ecole militaire de Brienne pour son second fils Napoléon. Ce fut donc Marbeuf, le conquérant de la Corse, qui ouvrit la carrière de Napoléon. Il fréquentait beaucoup la maison Bonaparte, passant bien des heures agréables auprès de Madame Letizia ; ce qui, joint aux faveurs accordées à la famille, fit naître le bruit d'une relation galante.

Marbeuf était l'obligé du père de Napoléon : lorsque le général Narbonne-Fritzlar intriguait contre lui pour obtenir en Corse le commandement en chef, ce fut Charles qui décida le ministère français à lui préférer son rival. Le comte reconnut ce service en recommandant le jeune élève de l'Ecole militaire à l'influente famille de Brienne et en redoublant de bienveillance et d'amitié envers ses parents. De son côté, Charles manifesta de toutes les manières à Marbeuf l'affection la plus vive ; il composa même en son honneur un sonnet que j'ai sous les yeux, mais que je ne communiquerai pas, car il est insignifiant.

En 1777, Charles Bonaparte, élu député de la noblesse corse, se rendit à Paris en passant par Florence. Il voulut y retourner en 1785 pour mettre fin au procès qu'il soutenait depuis longtemps à Ajaccio contre les jésuites ; mais la maladie l'arrêta à Montpellier, où il mourut au mois de février, à l'âge de 39 ans : il succomba à la maladie d'estomac qui plus tard devait emporter son fils Napoléon. Dans le délire de l'agonie, il rêvait toujours de Napoléon, preuve qu'il avait placé en lui toutes ses espérances ; il s'écria en mourant : « Où est donc Napoléon ? Pourquoi ne vient-il pas avec sa grande épée défendre son père ?» Il expira dans les bras de

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son fils Joseph, et fut enterré à Montpellier. Lorsque Napoléon fut devenu empereur, les habitants de cette ville lui proposèrent d"élever un monument à son père. Il répondit qu'il ne fallait point troubler le repos des trépassés, que s'il érigeait une statue à son père, déjà mort depuis longtemps, son grand-père et son bisaïeul pouvaient bien prétendre au même honneur. — Plus tard, Louis Bonaparte, roi de Hollande, fit exhumer le corps de son père pour lui donner un tombeau à St-Leu.

Au moment de la mort de son père. Napoléon faisait ses études à Paris. Voici la lettre (1) de consolation que ce jeune homme de 16 ans écrivit alors à sa mère :

Paris, le 29 mars 1785.

Ma chère mère,

C'est aujourd'hui, que le temps a un peu calmé les premiers transports de ma douleur, que je m'empresse de vous témoigner la reconnaissance que m'inspirent les bontés que vous avez toujours eues pour nous. Consolez-vous, ma chère mère ; les circonstances l'exigent. Nous redoublerons nos soins et notre reconnaissance, heureux si nous pouvons, par notre obéissance, vous dédommager un peu de l'inestimable perte d'un époux chéri. Je termine, ma chère mère, ma douleur me l'ordonne, en vous priant de calmer la vôtre. Ma santé est parfaite, et je prie tous les jours que le ciel vous en gratifie d'une semblable. Présentez mes respects à Zia Geltrude, Minnanna Save/ia, Minnanna Fesch, etc.

{{) ^'ous donnons le texte original.

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