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CHAPITRE IV

Il ne fut baptisé que le 21 juillet 1771, presque deux ans après sa naissance et en même temps que sa sœur Marianne, morte en bas âge. On raconte qu'il se défendit vivement contre le prêtre qui l'aspergeait. Peut-être voulait-il se baptiser lui-môme, comme plus tard il se couronna lui-même en prenant le diadème des mains du pape qui se disposait à le lui poser sur le front.

Dès son enfance il montra un caractère violent : il se disputait sans cesse avec son frère Joseph. Dans ces luttes enfantines, celui-ci était toujours le battu, et quand il allait se plaindre, on lui donnait tort. Joseph finit par devenir l'humble serviteur de Napoléon, que la famille semblait déjà regarder comme le chef des autres enfants. A son lit de mort, l'archidiacre Lucien dit à Joseph en lui montrant Napoléon : « Tu es l'anié de la famille, mais en voici le chef ; ne l'oublie jamais. »

Dès son jeune âge. Napoléon manifesta, paraît-il, une passion indomptable pour le métier des armes, et no*is le croirons volontiers : son plaisir le plus vif, c'était de courir à côté des soldats. Il tourmenta beaucoup son père pour avoir un petit canon ; on le lui donna enfin. La maison Bonaparte conserva longtemps le petit canon en métal avec lequel ce Jupiter, qui amoncela tantde nuages de poudre, avait coutume de s'amuser encore enfant.

En 1778, son père le mena à l'Ecole militaire de Brienne, où Pichegru fut son répétiteur. On sait que Napoléon s'y montra généralement doux et laborieux. Ce n'est que par intervalles qu'éclatait sa nature fière et irascible. Un jour le maître de quartier, voulant le punir d'une faute, le condamna à porter l'habit de bure et à dîner à genoux à la porte du réfectoire. Le jeune Corse ne put plier son orgueil à cette honteuse pénitence : au moment de l'exécution il fut pris de vomissements et tomba en convulsions. Le Père Patrault, qui vint à passer, fit aussitôt lever la punition, et se plai-

gnit qu'on traitât si indignement son premier mathématicien.

En 1783, Napoléon alla terminer ses études à l'Ecole militaire de Paris : il avait une instruction solide, la tête pleine des héros de son cher Plutarque, le cœur pénétré des exploits de ses grands aïeux corses, tout le feu de la jeunesse et du talent, le caractère fortement accusé. Le monde était alors en fermentation, et un esprit de grandeur parcourait le siècle.

Nommé lieutenant d'artillerie. Napoléon alla rejoindre son régiment à Valence, en 1785 ; il était inquiet, impatient de se produire au dehors. L'Académie de Lyon proposa un prix sur ce thème fort en vogue à cette époque de théories humanitaires : « Quels sont les principes et les institutions à incalquer aux hommes pour les rendre heureux? » Napoléon concourut et triompha en gardant l'anonyme. Lorsque, plus tard, ce manuscrit lui fut présenté par Talleyrand, qui l'avait exhumé des archives de Lyon pour flagorner son puissant maître, l'empereur le jeta au feu. En cherchant aussi à faire le bonheur des hommes, le jeune moraliste payait un tribut à son temps dont l'un des caractères fut la sentimentahté. Mais que dire si Napoléon se présentait à nous comme l'auteur d'un roman sentimental dans le genre de ceux de Sterne ou de Richardson ? Il fit un jour une excursion au Mont- Genis en compagnie de son cher Demazzis ; au retour de ce voyage, le cœur rempli de la douce image de Madame du Colombier qui lui avait accordé de secrets rendez-vous et qui même avait mangé avec lui d'innocentes cerises, il se mit au travail, et commença à écrire un Voyage sentimental au Mont-Cenis. Il n'alla pas bien loin ; mais cette velléité de Napoléon est digne de remarque. En Egypte n'avait-il pas d'ailleurs un V^erther sur lui?

Appartenant toujours corps et âme à son île, le jeune officier composa, à Valence, une Histoire des Corses, sujet

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