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CHAPITRE IV

bien digne d'occuper la jeunesse d'un Napoléon. Cet ouvrage, inachevé, se trouve manuscrit à la Bibliothèque Nationale ; on va le publier bientôt. Napoléon l'adressa à son grand compatriote Paoli, alors exilé à Londres, pour lequel il professait la plus vive admiration. Voici un extrait de la lettre qui accompagnait cet envoi :

(( Quand je vins au monde, la patrie expirait. Trente mille Français vomis sur nos côtes, le trône de la liberté noyé dans des flots de sang, tel fut l'odieux spectacle qui effraya mes premiers regards. Les cris des mourants, les soupirs des opprimés, les larmes du désespoir entourèrent mon berceau.

y> Vous quittâtes notre île, et avec vous disparut tout espoir de bonheur; l'esclavage fut le prix de notre soumission. Accablés sous la triple chaîne du militaire, du robin et du publicain, vos compatriotes vivaient dans le mépris... dans le mépris de ceux qui ont en main le pouvoir. Y a-t-il un plus grand supplice pour un cœur sensible?

)) Les traîtres à la patrie, les âmes lâches, corrompues par l'amour d'une récompense honteuse ont, pour se justifier, répandu des calomnies contre le gouvernement national et surtout contre votre personne. Les écrivains accueillent ces mensonges et les transmettent à la postérité.

y> En leshsant, j'ai été indigné et j'ai résolu de détruire le mal produit par l'ignorance. Une étude précoce de la langue française, des observations et des faits importants puisés aux écrits des meilleurs patriotes, me donnent quelque espoir de réussir. Je veux comparer votre administration avec la présente.... Je veux peindre les traîtres sous les noires couleurs de l'infamie... Je veux appeler nos gouvernants devant le tribunal de l'opinion publique, représenter leurs vexations dans les moindres détails, découvrir leurs intrigues secrètes, inspirer, si c'est possible, à M. Necker, le vertueux ministre qui préside aux affaires de l'Etat, un peu de sympathie pour

notre destinée lamentable, pour notre cruelle oppression ».

Tels sont les sentiments et telles sont les paroles du jeune Corse, du disciple révolutionnaire de Plutarque. Dans son Histoire des Corses, Napoléon s'écrie : « Quand la patrie n'existe plus, un noble citoyen doit mourir ». Et ce n'étaient point là des phrases à la Tacite ; c'était le langage d'une âme ardente, ouverte à tous les sentiments élevés.

Jusqu'au traité de Gampoformio, on suit Napoléon dans sa rapide carrière avec le plaisir le plus vif. C'est un héros, un demi-dieu, passant près de nous sur les ailes de la gloire, pur encore des souillures de l'égoïsme ; mais cette noble figure humaine se dégrade peu à peu, et va se confondre dans la tourbe des despotes. Car la grandeur ne peut durer ici bas, et Machiavel dit avec raison : ce II n'y a que des hommes ordinaires ».

Parmi les œuvres juvéniles de Napoléon, que l'on va imprimer, on cite aussi deux nouvelles, le Comte d'Essex et le Masque de Fer, un dialogue sur l'amour, intitulé Jules, ainsi que d'autres essais littéraires.

Napoléon se rendait tous les ans à Ajaccio, et exerçait alors une influence décisive sur l'éducation de ses frères et sœurs. On conservait dans sa famille les mœurs simples et austères des vieux Corses, ce On aurait dit, observe Nasica, qu'on était dans un collège ou dans un couvent. La prière, le sommeil, l'étude, les repas, les divertissements, la promenade, tout était réglé, mesuré. La plus grande harmonie, un amour tendre et sincère régnait entre tous les membres de la famille. Elle était alors le modèle de la ville, comme elle en a été par la suite l'ornement et la gloire. »

L'archidiacre Lucien administrait le patrimoine avec beaucoup d'économie, et le jeune Napoléon était obligé de

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