‹ Histoire des CorsesChapitre 315 sur 408 · NAPOLÉON FOUGUEUX DÉMAGOGUE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON FOUGUEUX DÉMAGOGUE

Toutes les fois que Napoléon allait à Ajaccio, il aimait à vivre à Milelli, maison de campagne que les Bonaparte possédaient aux environs de la ville; on y voit encore le vieux chêne à l'ombre duquel il avait l'habitude de s'asseoir dans sa jeunesse pour s'abandonner à ses rêves et à ses méditations.

La Révolution française éclata ; la Bastille fut prise, l'ancien régime renversé. Le jeune Napoléon se jeta dans le mouvement avec toute la fougue de sa nature. Mais le sort lui réservait mieux que des luttes stériles de parti dans lesquelles sa force se serait vite usée. Quoique loin de Paris, il ressentit même dans la petite île où il se trouvait confiné l'ébranlement causé par les premiers orages révolutionnaires, et s'y prépara en quelque sorte à les affronter : la Corse fut son école.

Nous le retrouvons fougueux démagogue à Ajaccio : il y fait des discours dans les clubs, écrit des adresses, contribue à l'organisation de la garde nationale.

Ajaccio était alors le quartier-général des révolutionnaires corses ; la maison Bonaparte devint bientôt leur lieu de rendez-vous, et les deux frères Joseph et Napoléon furent les chefs de la démocratie insulaire. La ville était en pleine révolte ; ce mouvement causa tant d'appréhension au général Barrin, alors commandant de l'île, qu'il envoya le maréchal de camp

Francesco Gaffori, fils de l'illustre patriote, pour le réprimer. Gaffori échoua dans sa mission, et il fut même bien heureux de trouver un abri dans la maison de ce Baciocchi qui devint plus tard prince de Lucques et de Piombino.

Cependant Napoléon et Joseph, ayant réuni les démocrates de la ville dans l'église de San-Francesco, envoyèrent une lettre de félicitations à l'assemblée constituante. Cette pièce contenait en même temps les plaintes les plus vives contre l'administration de la Corse et demandait que l'île fût déclarée partie intégrante de la France.

Napoléon comprit son époque : renonçant au patriotisme corse, il devint résolument Français et se jeta dans les bras de la Révolution.

En novembre 1789 il retourna à Valence pour revenir bientôt après à Ajaccio, où Joseph s'efforçait d'obtenir une place d'officier municipal. Marius Peraldi, le citoyen le plus riche d' Ajaccio et l'ennemi des Bonaparte, fut élu chef de la garde nationale ; mais Joseph eut sa place dans la municipalité.

Sur ces entrefaites, les patriotes corses furent rappelés de leur exil ; et à l'instigation des deux frères Bonaparte et de l'abbé Goti, la consulte insulaire chargea quatre de ses membres d'aller en France au-devant de Paoli et de l'accompagner à son retour en Corse. Peraldi faisait partie de la députation, à laquelle se joignirent Napoléon et Joseph.

Avant l'arrivée de Paoli à Paris, l'assemblée constituante, sur la proposition de Mirabeau et du corse Saliceti, député du Tiers-Etat, devenu célèbre plus tard comme ministre de Murât à Naples, avait prononcé l'incorporation de la Corse à la France par le décret du 1er décembre 1789, qui mit fin à l'indépendance politique de l'île.

Napoléon alla féliciter Paoli à Marseille, et fut témoin

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