DEUX CERCUEIL S
Qu'est devenu le trône du plus grand des rois ? — Où sont tous ces héros sublimes? — Tu passes; le monde reste, — et personne n'en a encore éclairci le mystère. — Son cours est pour nous plein dosages leçons. — Pourquoi donc y prenons-nous si peu garde ?
FlRDUSI.
L'histoire de Napoléon, son brillant empire, les peuples et les princes que cet astre lumineux entraîna dans son cours rapide, le flot d'événements et de destinées qu'il jeta sur le monde, toutes ces images se représentant à ma pensée dans sa maison où règne maintenant le silence de la mort, et je ressens une tristesse mêlée de contentement.
Toutes ces passions prodigieuses qui engloutirent la moitié de l'univers sans être assouvies, que sont-elles devenues? Qu'agitent-elles encore ? Elles ne sont plus qu'un rêve, qu'un vieux conte dont le Temps, comme une vieille nourrice, amuse ses -enfants. Rendons grâces au Temps ! C'est la puissance tranquille, merveilleuse, qui nivelle tout, même les souverains dont le front semblait toucher au ciel. C'est l'ostracisme le plus salutaire, le seul vrai.
Napoléon, où est-il? Qu'a-t-il laissé derrière lui?...
Un nom et une relique, qu'adore maintenant un peuple facile à éblouir. De l'autre côté du Rhin, ils me semblent
renouveler aujourd'hui en Thonneur de Napoléon les solennités funèbres de 1821. Les trépassés ne reviennent plus. Après les dieux, les fantômes ; après le drame, la parodie... Une odeur cadavéreuse se répand dans le monde depuis que là-bas on remue un mort.
Je quittai la maison de Letizia pour entrer dans sa chapelle funéraire.
La rue du Roi de Rome mène à la cathédrale d'Ajaccio. C'est une église d'un style lourd avec une façade sans relief; au-dessus du portail est une armoirie presque entièrement effacée, sans doute celle de la République de Gênes. L'intérieur est bariolé et passablement rustique. Des piUers massifs le divisent en trois nefs ; la coupole est petite ainsi que l'abside.
A droite, près du Chœur, est une petite chapelle tendue de noir. Deux sarcophages, recouverts de velours noir, s'y trouvent devant un autel orné comme dans les villages. Des candélabres en bois s"élèvent à la tête et au pied de chaque cercueil, au-dessus duquel pend une petite lampe... éteinte. Sur le cercueil de gauche sont placés un chapeau de cardinal et une guirlande d'immortelles ; sur celui de droite une couronne impériale et une guirlande d'immortelles.
C'est là que reposent le cardinal Fesch et Madame Letizia. Leurs dépouilles y furent transportées, en 1851, de leurs tombeaux d'Italie. Letizia, morte le 2 février 1836 dans son palais romain de la Place de Venise, avait été ensevelie dans une église de la ville de Gorneto, près de Rome.
Dans ces tombeaux aucun marbre, aucune ■ œuvre d'art, aucun ornement, — rien ne vient relever la fosse où gît celle qui donna au monde un empereur, trois princesses et trois rois.
A la vue de la chapelle funéraire de Letizia, je fus frappé de l'ironie inconsciente et du sens profondément tragique qui se cachent dans sa rustique simplicité. Ce tombeau royal