‹ Histoire des CorsesChapitre 332 sur 408 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

ressemble à un décor d'opéra. Le sarcopliage repose sur un haut piédestal en bois ; les lourds candélabres sont en bois ; l'or qui les recouvre n'est qu'une mince feuille. On dirait que la tenture de la chapelle est du velours; ce n'est que du taffetas ordinaire, et ses longues ft'anges en argent ne sont que du papier argenté. Cette couronne impériale posée sur le cercueil parait en or; c'est du bois légèrement doré. Il n'y a que la guirlande d'immortelles de Letizia qui ne soit point fausse.

On m'a dit que cette chapelle funéraire n'était que provisoire, et qu'on allait construire une nouvelle cathédrale où l'on élèverait un tombeau grandiose à la mère de Napoléon. Mais on attendra longtemps, car les Corses ne sont pas riches. Pour moi, j'en serais fâché. Les braves Ajacciens ne se doutent pas de la pensée profonde de leur modeste monument. Cette chapelle contient pour les hommes une grande leçon.... Qu'étaient doue les couronnes de Letizia et de ses enfants ? Ils ne furent princes que pendant une courte soirée ; puis, jetant la pourpre et le sceptre, ils disparurent dans les coulisses. Aussi, l'histoire même semble avoir mis sur le cercueil de la fille de Ramolino, de la modeste bourgeoise d'Ajaccio, une couronne en clinquant. N'y touchez pas ! pour être fausse, elle n'en est pas moins belle, ainsi que la fortune des rois bâtards que cette femme a enfantés.

Jamais depuis que le monde existe, le cœur d'une mère n'a pu battre plus fortement que celui de la femme couchée dans ce cercueil. Elle vit ses enfants s'élever l'un après l'autre aux sommets les plus radieux de la grandeur humaine, puis en être précipités tour à tour. Elle a payé sa dette à la Destinée.

Quel sort immérité ! Ah ! comment dans le sein joyeux d'une jeune femme frivole peuvent donc germer ces infernales puissances qui dévorent tant de peuples et tant de cités?....

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