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CHAPITRE VIII

LE BRDTUS CORSE

Le régiment de Flandre, envoyé par les Français au secours de Gênes, se trouvait à Ajaccio. Deux grenadiers de ce corps vinrent à déserter. Ils s'enfuirent dans les montagnes d'Alata et se tinrent cachés au milieu de ces contrées sauvages, implorant la compassion et l'hospitalité des pauvres pasteurs.

Sainte est l'antique loi de l'hospitalité. La violer, c'est devenir, devant Dieu et devant les hommes, un Gain.

Lors donc que le printemps fut venu, quelques officiers du régiment de Flandre allèrent chasser dans ces montagnes. Ils passèrent près du lieu qui servait de retraite aux déserteurs. Il y avait là un jeune berger qui faisait paître son troupeau de chèvres. Monsieur de Rozières, colonel du régiment, s'avança vers lui, demandant si par hasard ces lieux ne cachaient pas deux grenadiers. « Je ne sais, » dit le jeune pâtre avec quelque embarras. M. de Rozières conçut des soupçons. Il menaça l'enfant de l'emmener en prison à Ajaccio, s'il ne disait la vérité.

Le petit Joseph (c'était le nom du berger) prit peur : il ne dit rien, mais tout tremblant, il montra du doigt la cachette des fugitifs. On ne le comprit pas. « Parle donc ! » lui cria l'officier avec impatience. Et Joseph, sans répondre davantage, désigna encore l'endroit. Les autres officiers lâchèrent leurs chiens, en courant au lieu indiqué: ils pensaient peutêtre y trouver quelque gibier que leur montrait le stupide enfant.

Les deux grenadiers, bondissant alors de leur cachette, s'enfuirent à toutes jambes ; mais ils furent poursuivis et arrêtés.

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M. de Rozières donna à Joseph quatre beaux louis d'or pour son renseignement. Dès que le petit eut les pièces dans 5a main, il se livra à une joie enfantine, oubliant les officiers, les soldats et le monde entier ; car il n'avait jamais vu briller de l'or. Il courut à sa cabane, appela son père, sa mère, ses frères ; et, au milieu des gesticulations de joie les plus folles, il leur montra son beau trésor.

« Comment as-tu gagné cela, Joseph ? » lui demanda son père. L'enfant le raconta. A chaque mot de son fils, la figure du berger devenait plus sombre ; les frères palpitaient d'effroi, et quand il eut achevé son récit, Joseph lui-même était pâle comme la mort.

Sainte est l'antique loi de l'hospitalité. La violer, c'est devenir, devant Dieu et devant les hommes, un Caïn.

Le vieux berger jeta un regard terrible à son fils tremblant, et sortit de la cabane pour appeler ses proches. Lorsqu'ils furent tous réunis, il leur exposa le cas, et leur dit de juger. Quant à lui, il trouvait que son fils était un traître qui venait de déshonorer sa famille et son pays.

Les parents furent unanimes à décider que Joseph avait mérité la mort.

« Malheur à moi et à mon fils ! s'écria le berger avec désespoir. Malheur à ma femme qui m'a engendré un Judas ! »

Ils prirent donc avec eux l'enfant, et l'emmenèrent dans un endroit écarté, près des murs de la ville.

(( Attendez, dit le vieux berger, je vais de ce pas chez le commandant lui demander la vie des déserteurs. Si je l'obtiens, que mon fils vive aussi. »

Le vieillard courut chez M. de Rozières. Il se jeta à ses pieds, et le supplia en pleurant de faire grâce aux deux soldats. M. de Rozières considéra le berger avec étonnement : il ne pouvait comprendre cette pitié et ces larmes pour deux soldats étrangers.

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