MARIANNA POZZO-DI-BORGO
A Appietto, près d'Ajaccio, le peuple fêtait un jour le carnaval. D'après un ancien usage, qui existe encore dans l'île, le Roi Carnaval, une couronne d'or sur la tête, entouré de ses ministres, siégeait au milieu de la Place du marché. Autour de lui étaient dressées des tables avec des fruits, des mets de toute sorte et du vin à profusion. Le Roi avait levé, ce jour-là, de rudes tailles sur ses sujets ; car Sa Majesté carnavalesque a le droit, en Corse, d'imposer les familles du village selon leurs moyens, de leur demander, pour la fête populaire, des vivres et des boissons.
On but donc bravement, et l'on fit chère lie. Les cithares et les violons allèrent leur train, et la jeunesse courut à la danse.
Soudain, au milieu de l'allégresse, on entend un coup de feu suivi d'un cri de douleur, et la foule se disperse aux quatre vents.
Une affreuse cohue se produit sur la Place du marché : le jeune Felice Pozzo-di-Borgo gît baigné dans son sang. Il est tombé sous la balle d'Andréa Romanetti qu'il a offensé ; et l'assassin a gagné le makis.
On transporte le jeune homme inanimé dans la maison de sa mère ; et les femmes entonnent leur Imnento.
Marianna, mère de Felice, était veuve ; dans sa vie, elle