ENVIRONS D'AJACCIO
J'ai parcouru les environs d'Ajaccio. L'étroit espace ne permet ici en réalité que trois promenades : l'une au nord, le long du rivage ; une autre dans l'intérieur, sur la route de Bastia ; une troisième de l'autre côté du golfe, dans la direction de Sartène.
Il y en a bien une quatrième ; mais elle est partout limitée par les montagnes, et on ne peut la faire qu'en suivant les sentiers qui bordent les vignes des coteaux. C'est là que Ton voit à chaque pas ces singuliers postes d'observation, appelés Pergoliti, qui sont particuliers à Ajaccio. Ils consistent en quatre jeunes pins portant à leur sommet une hutte avec un toit de chaume et où le garde peut se coucher. Le gardien porte le superbe nom de Barone. Il est armé d'un fusil à deux coups, et de temps en temps il donne de la conque marine ou tire un son aigu d'un sifflet en terre glaise pour avertir de sa présence et mettre en fuite les voleurs de raisins.
Un aimable vieillard m'invita un soir à sa vigne, sur la colline de San-Giovanni. Il me chargea de raisin muscat, cueillit pour moi des amandes, des ligues et des prunes succulentes, qui brillaient partout au milieu des pampres verts. Il m'avait vu venir sur le chemin, et, suivant la bonne habitude hospitalière du pays, il m'avait appelé dans son jardin. C'était un brave père de famille, touchante image de la vieillesse, comme nous la voyons représentée dans les
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poèmes du temps de Gleim, qui, dans leur simplicité de convention, ont parfois plus de vraie philosophie que les plus savants poèmes de notre époque. Y a-t-il une plus belle figure humaine que celle d'un joyeux vieillard au milieu des arbres qu'il a plantés dans sa jeunesse, et dont il distribue aimablement les fruits aux voyageurs fatigués? Oui, c'est ainsi que devrait se passer la vie humaine : paisible et bienfaisante.
Le vieillard ne tarissait pas en éloges sur ses fruits, et me disait comment il fallait s'y prendre pour en produire de savoureux.
On donne ici aux cépages une hauteur de quatre à cinq pieds en les appuyant aux échalas, comme les haricots ; en général, il y en a quatre dans une même excavation quadrangulaire, à peu de distance l'un de l'autre et réunis à leur extrémité.
Les raisins étaient abondants, mais en partie malades de l'oïdium. C'est dans cette vigne que j'ai vu pour la première fois les fruits mûrs du figuier de Barbarie. Après la floraison, ce fruit vient vite à maturité. Il a une couleur jaunâtre ; on enlève l'écorce, et l'on trouve alors une pulpe, remplie de pépins, d'un goût douceâtre assez peu agréable. On a déjà commencé à en tirer du sucre. Cette espèce de cactus, que l'on rencontre partout aux environs d'Ajaccio, a une puissance de végétation extraordinaire. Une feuille jetée sur le sol y prend aussitôt racine, et forme une nouvelle plante. La plus maigre nourriture lui suffit ; la moindre poussière la fait vivre et pulluler.
Une villa, en forme de palais, avec des tourelles gothiques et de grandes aigles impériales en pierre, s'élève près de San-Giovanni. C'est la villa du prince Baciocchi.
La petite plaine fertile qui s'étend plus loin à l'extrémité du goifc s'appelle Campo-di-Loro. Le souvenir d'un triste événement qui s'y passa à l'époque des guerres génoises