CHAPITRE XVII, Tl
on abandonna les Corses à leur malheureux sort. Le député Anton Padovano revint de France les mains vides, ou plutôt avec Alphonse, le jeune fils de Sampiero, dix mille écus et treize étendards sur lesquels on lisait: Pugna pro patria. Les Corses l'accueillirent avec des cris de joie ; mais les drapeaux, distribués aux capitaines, devinrent une cause de jalousies et de rivalités dangereuses. Voici deux lettres de Sampiero :
A Catherine de France.
« Jusqu'ici nos affaires ont très bien marché. Je puis » certifier à Votre Majesté que, sans l'appui caché ou » patent de Sa Majesté Catholique le roi d'Espagne, qui » leur a fourni 22 galères, 4 vaisseaux et de nombreuses » troupes espagnoles, nos ennemis en seraient réduits à » n'avoir plus maintenant une seule place forte dans l'Ile. » Toutefois, quoiqu'il arrive, nous ne reviendrons jamais » sur la résolution que nous avons prise de mourir plutôt » que de nous soumettre, d'une manière quelconque, à la » domination de la République. Ainsi, je prie Votre Majesté » de ne pas oublier, dans cette occasion, mon dévouement » à votre personne, le dévouement de mon pays à la France. » Lorsque le Roi Catholique prodigue tant de faveurs aux » Génois qui, seuls, seraient déjà si puissants contre nous, » pauvre peuple que tout le monde abandonne, Votre » Majesté permettra-t-elle que nous succombions sous les » coups de nos cruels ennemis? »
Au Duc DE Parme.
(( Dussions-nous, en nous rendant tributaires de la Subli- » me Porte, encourir la haine de tous les princes de la » chrétienté, notre résolution est et demeure inébranlable.
72 H1ST01R12 DES CORSKS
» Cent fois mieux les Turcs que les Génois ! La France » elle-même n'a pas respecté le traité de paix qui, disait- » on, devait être la garantie de nos droits et la fin de nos » soulïrances. Si je prends la liberté de vous importuner » du récit de nos affaires, c'est afin que Votre Altesse » puisse, au besoin, nous défendre auprès du Saint-Siège » contre les attaques de nos ennemis. Je veux, au moins, » que mes paroles restent comme une protestation solen- » nelle contre la cruelle indifférence des princes catholi- » ques et comme un appel à la justice divine. »