CHAPITRE I
rages et leurs paisibles bois d'oliviers. C'est là que naquit la belle Vaunina ; sa haute et sombre maison, en forme de tour, pittoresquement perchée sur un roc, domine encore la vallée. Un peu plus loin s'élèvent les ruines d'un château construit par Sampiero, et, tout près, une chapelle où le farouche soldat allait entendre la messe. On dit pourtant qu'il se contentait parfois de se mettre à la fenêtre quand on officiait. Ce château est de 1554
D'ORNANO Â SARTËNE
Le Taravo sert de limite entre la piève d'Ajaccio et celle de Sartène. Cette dernière forme l'arrondissement le plus austral de l'île. On y pénètre par le beau canton de Petreto- Bicchisano, qui s'étend, le long du Taravo, jusqu'au golfe de Valinco. La vue de cette riante campagne et de la baie lointaine vers laquelle elle s'incline doucement, passe aux yeux même des Corses pour l'une des plus belles de l'île. Les paysages du delà des Monts ont, en général, une surprenante vigueur : ils portent la plus noble empreinte de la nature primitive. Le canton de Petreto offre quelques débris épars des châteaux des seigneurs d'Istria, mais dans un état de délabrement lamentable : c'est à peine si leurs sombres murailles se distinguent du granit des rochers.
Sur une montagne au-dessus de Sollacarô se trouve un château en ruines de ce Vincentello d'Istria que l'histoire connaît bien : il disparaît sous l'ombre épaisse des arbres et sous les plantes grimpantes qui le recouvrent presque entièrement. Il s'y rattache une de ces sauvages légendes qui peignent les Corses et le moyen-âge. Il, y avait autrefois là un autre château, où résidait la belle et farouche Savilia. La noble dame attira chez elle un puissant seigneur du nom de Giudice d'Istria, à qui elle avait promis sa main. Lorsque Giudicefut venu, Savilia le fit enfermer dans une cage en fer. Et chaque jour elle se présentait aux barreaux de la prison,