‹ Histoire des CorsesChapitre 346 sur 408 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et se déshabillant aux yeux de Giudice, elle le raillait en ces termes : « Regarde-moi bien ! Ce corps est-il donc fait pour qu'en jouisse un homme aussi laid que toi ? » Cela dura longtemps. Mais Giudice parvint à s'échapper. Altéré de vengeance, il réunit ses vassaux, et revint avec eux au château de Savilia, qu'il démolit jusqu'aux fondements. Quant à la belle amazone, il l'enchaîna dans une cabane élevée sur un carrefour, où elle devait se livrer à tous les passants. Savilia mourut le troisième jour.

Plus tard, Vincentello d'Istria fit bâtir à la place du château rasé celui dont on voit maintenant les ruines.

Non loin de là se trouve la piève d'Olmeto, ancien fief de la famille d'Istria. Olmeto en est le chef-lieu. Il confine d'un côté à de hautes montagnes, et de l'autre à une paisible vallée, couverte de bois d'oliviers, qui s'étend jusqu'à la baie de Valinco. Là aussi, sur l'un des rocs les plus escarpés, le Buttareto, se dressent les ruines d'un château : il appartenait à Arrigo délia Rocca.

Vus d'Olmeto, la vallée et le golfe offrent un spectacle enchanteur : une riante campagne doucement ondulée que borde au loin un sombre et silencieux rivage. Ses promontoires extrêmes sont : Au nord, Porto-Pollo ; au sud, Campo- Moro. Le nom de Camp des Maures donné à ce cap, au petit hameau qui s'y trouve et à une tour voisine rappelle les incursions barbaresques, autrefois si fréquentes dans ces parages. Le fabuleux roi maure Lanza Anciso fit, dit-on, la conquête de la Corse, laquelle, depuis cette époque, porte-» rait dans ses armes une tête de More ceinte d'un bandeau.

Tout prend ici un air moresque, les côtes même, avec leurs teintes brunes et le calme oriental que l'été y répand. Quand je fus au petit port de Propriano, je m'abandonnai de nouveau au recueillement, si familier dans cette île inculte. Il y avait sur la plage une foule d'hommes robustes, aux cheveux noirs, le fusil à deux coups sur l'épaule,

comme prêts à repousser les infidèles. L'aspect de ces figures graves et martiales et de cette côte pleine d'une sauvage mélancolie vous transportent au temps légendaire des Sarrasins. Il me remet en mémoire une vieille romance espagnole sur le fameux corsaire Dragut, que VHistoire des Corses nous a fait connaître ; et on peut bien la faire entendre ici, en présence de ce golfe et de ces guerriers.

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