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DEUX DRAMES DE LA VENDETTA

Orso-Paolo

Un jour, à Monte-d'Olmo, on célébrait une solennité religieuse. Déjà les prêtres étaient à l'autel, quelques habitants de la commune se trouvaient dans la maison du Seigneur, et d'autres, assis devant la porte de l'église, se livraient au plaisir de la conversation.

Il y avait parmi ces derniers les Vincenti et les Grimaldi dont les familles étaient divisées par une haine séculaire ; en ce jour ils osaient rester en présence, la fête religieuse imposant une trêve à toute inimitié.

Quelqu'un vint à demander, si, à la procession, les prêtres étaient tenus de porter les capuces de la confrérie.

— Non, dit Orso-Paolo de la famille des Vincenti, ils n'y sont point obligés, car ce n'a jamais été l'usage chez nous.

— Oui, répliqua Ruggero de la famille des Grimaldi, ils y sont obligés, car c'est la règle de la religion.

El ils continuèrent ainsi à s'échauffer à propos des capuces, et la Place du marché se remplit de tumulte et de féroces clameurs : on aurait dit qu'on y décidait de la souveraineté de Gênes sur la Corse. On s'ôtait violemment la parole, on montait tour à tour sur une pierre pour soutenir son opinion ; et les sifflets, les applaudissements, les éclats joyeux, les

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railleries pleuvaient d'un côté ou de l'autre, suivant que c'était un Vincenti ou un Grimaldi qui avait dit un mot sur les capuces.

Soudain une insulte se produit : des cris de rage s'élèvent de toutes parts, les pistolets sortent des ceintures. Les Grimaldi se jettent sur Orso-Paolo ; celui-ci fait feu sur les agresseurs, et Antonio, l'aîné des fds de Ruggero, tombe mortellement blessé.

La messe est alors interrompue ; on se précipite en foule hors de l'église, hommes, femmes, enfants, avec les prêtres en habits sacerdotaux et portant en main le crucifix.

Le village d'Olmo présente une immense confusion : ce sont partout des personnes qui fuient ou en poursuivent d'autres, des vociférations furieuses, des coups de fusil.

Les Grimaldi courent après Orso, et crient qu'on le tue. Orso bondit comme un cerf, et tâche de gagner le makis. Mais la vengeance donne des ailes à ses agresseurs, qui le devancent, lui barrent le chemin, cherchent à lui fermer toute issue.

Orso est déjà entouré par ces forcenés ; il entend leurs balles siffler à ses oreilles ; le makis, il ne peut plus l'atteindre, et il n'a que peu de minutes encore pour prendre un parti. Il voit un dernier asile, une maison là tout près au pied de la montagne ; mais c'est la demeure de Ruggero, son mortel ennemi.

Orso-Paolo s'y élance aussitôt et en barricade la porte. Il a sur lui ses armes, sa carchera bien fournie de cartouches, et les vivres ne manquent pas autour de lui. On peut donc se défendre longtemps. Les chambres sont désertes : la famille a couru au village, où l'épouse même de Ruggero se trouve auprès de son Antonio blessé. Un tout jeune enfant, le second fils de Ruggero, est seul dans la maison, et dort.

A peine Orso-Paolo s'est-il retranché là qu'il voit paraître Ruggero avec tous les Grimaldi ; mais par une ouverture

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