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CHAPITRE VIII

fléchi longtemps, le Corse répondit : « Plaise à Votre Majesté de permettre que mes cendres reposent dans le sanctuaire de la cathédrale ; les laïques ne pouvant y être inhumés, ce sera le plus grand honneur, la distinction la plus haute qu'un citoyen de Bonilacio ait jamais obtenue. » L'empereur donna des ordres en conséquence.

Catacciolo accompagna son hôte jusqu'au port ; puis, prenant le cheval qui avait servi de monture à Charles-Quint, il l'abattit aussitôt.

La maison de Catacciolo n'est pas entièrement fmie : les Anciens en avaient fait suspendre tout d'abord la construction, de crainte qu'elle ne nuisît à la défense de la ville ; mais le propriétaire ayant promis de construire un phare à ses frais si on l'autorisait à poursuivre les travaux, les magistrats levèrent l'interdiction. On conclut une espèce de marché, par lequel Catacciolo s'engageait à n'achever sa maison qu'avec le phare. Il les bâtit, en effet, en même temps : il posa les fondations du phare, et éleva sa maison jusque sous le toit, en laissant toutefois quelques parties des murs inachevées.

Catacciolo était de haute taille et beau de sa personne ; aussi le peuple l'appelait-il Alto-Bello. Sa famille, l'une des plus riches et des plus anciennes de Bonifacio, est fort souvent mentionnée dans l'histoire de cette ville.

En suivant la ligne de la maison qui servit de demeure à Charles-Quint, le regard va rencontrer l'île de la Madeleine, placée aux abords de la Sardaigne. J'en distingue parfaitement la tour, et vois même le jeune officier d'artillerie Napoléon s'élancer de sa barque pour s'en emparer. Napoléon demeura près de huit mois à Bonifacio, en face de la maison autrefois occupée par Charles-Quint : cette coïncidence est remarquable, car ce fut Napoléon qui renversa le vénérable et glorieux empire de Gharlcs-Quint.

Au temps de sa fortune, Bonifacio comptait une vingtaine

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d'églises et de couvents. Les couvents ont disparu et il ne reste que trois églises, la cathédrale de Sainte-Marie Majeure, Saint-Dominique et Saint-François.

Sainte-Marie est d'architecture pisane : c'est un vaste et lourd bâtiment, perdu dans d'étroites ruelles. Son spacieux portique sert de lieu de réunion et de promenade aux Bonifaciens, comme à Venise les portiques de la Place Saint- Marc. C'est dans cette basilique que le sénat de Bonifacio s'assemblait jadis pour délibérer sur les affaires de la cité.

Saint-Dominique s'élève plus loin au bord de la falaise. Cette belle église montre encore aux murs les vestiges des triangles de l'Ordre des Templiers, auquel elle a appartenu. Elle est du style gothique le plus pur ; il ne lui manque que le revêtement de la façade pour produire même à l'extérieur l'effet le plus gracieux. C'est sans contredit, avec la Canonica de Mariana maintenant en ruines, la plus belle église de la Corse. Son blanc clocher octogone, construit par les Pisans, ressemble à une tour à créneaux ; il est inachevé. J'ai vu à l'intérieur de l'église un grand nombre de pierres sépulcrales consacrées à des Templiers ou à des seigneurs génois, entre autres à un Doria. Il y a aussi quelques tableaux sans valeur, donnés par le cardinal Fesch. Ce qui est plus remarquable, ce sont les images votives peintes sur bois et consacrées à la Madone ou à Saint-Dominique par des Bonifaciens, en souvenir de quelque miraculeuse délivrance. Il y a là plusieurs scènes de pirates fort bien représentées.

La troisième église est celle de Saint-François, qui possède une grande curiosité : on y trouve la seule source d'eau vive qui soit à Bonifacio. En dehors d'elle les habitants n'ont pour boire que de l'eau de pluie, conservée principalement dans une vaste et profonde citerne où l'on descend par des gradins en pierre. Ce beau travail est dû à la munificence des Génois.

La plupart des anciens couvents de la Corse appartenaient

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