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CHAPITRE IX

me parle-t-il beaucoup des Sardes dont il connaît les idiomes divers.

€ Nous regardons là-bas en silence — les côtes inondées d'écume, — et les flots bleus du détroit, — qui sépare les deux îles sœurs.

3 Que tu es belle, ô Sardaigne, — avec ta ceinture de coquillages brillants, — et ta couronne de myrte, ô brune — et farouche sœur de Cyrnos !

» Comme un collier de corail, — l'entourent de rouges — îlots, des récifs, — et des promontoires dentelés.

3> Ami Lorenzo, ces montagnes, — ces charmantes montagnes bleues — éveillent en moi un désir si ardent, — que mon cœur y vole avec amour.

» Belles montagnes de Lambara ! — dit Lorenzo en baissant les yeux. — Montagnes bleues, ainsi que la vie — pleines d'images décevantes î

D De loin elles semblent des saphirs, — de célestes dômes de cristal ; — si vous en approchez elles rejettent — loin d'elles leur manteau d'azur,

> Vous présentent leurs aspérités nues, — vous menacent de leurs buissons d'épines, — de leurs orages, de leurs abîmes, — comme la vie, ô mon jeune compagnon.

i> Ami Lorenzo, vois cette plaine d'or — cpii me sourit là-bas ! — je voudrais savoir comment le Sarde — passe les jours dans ce beau pays.

i^ — Au loin dans 1" intérieur s'élève la montagne boisée, — avec de petites villes jaunes au milieu de la verdure ; — et l'on y entend la sonnette des mules — que pousse devant lui le Catalan.

» Le sombrero sur la tête, — le poignard, les pistolets à la ceinture, — il fredonne une romance latine, — sur laquelle il règle son pas.

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D II va au Sud vers la mer, — à la baie rocheuse de Cagliari, — dans le village où les Maures jouent — des castagnettes et du tambourin.

» Ce sont des Maures d'Algésiras, — qui balbutient des idiomes barbares, — et dansent autour des palmiers éventails, — en tenant de brunes jeunes filles par la main. »

A Bonifacio même on sent déjà le voisinage de la troisième grande nation latine, TEspagne : partout aux murs de ma chambre s'étalent des images de Christophe Colomb avec de longues légendes en espagnol ; et il n'est pas rare de rencontrer ici des Sardes qui parlent le catalan.

Ces deux îles qui formaient jadis une même terre et qu'une violente révolution géologique a séparées, entretiennent ensemble un commerce de contrebande très actif. Grâce à son heureuse position, Bonifacio deviendrait bientôt prospère, s'il pouvait trafiquer librement. La surveillance est sévère ; car on y fait même un grand échange de bandits. Les Sardes se réfugient rarement dans la petite île de Corse où ils ne sauraient tenir longtemps ; mais après une sanglante vendetta, le Corse va souvent dans les montagnes de Sardaigne chercher un abri. La police de Bonifacio est pourtant vigilante : c'est, avec Sartène, le seul endroit de l'île où l'on m'ait demandé mon passe-port. Jusqu'à Bonifacio j'avais eu pour compagnon de voyage un propriétaire du Cap-Corse. C'était un homme aimable qui m'avait offert une place dans son bateau, mouillé à Propriano, pour m'en retourner à Bastia, et m'avait même prié d'accepter l'hospitalité chez lui au Cap-Corse ; aussi, le voyant mal logé, je l'accueillis dans la chambre fort spacieuse qui m'était échue. Il n'en fallut pas davantage pour qu'on lui fît l'honneur de le regarder comme un bandit épiant l'occasion de fder en Sardaigne.

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