‹ Histoire des CorsesChapitre 374 sur 408 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

romaine et leur port majestueux. Ils se mirent silencieusement à travailler aux deux colonnes, laissant tomber d'une manière étrange leurs marteaux et leurs ciseaux. L'un d'eux se tenait debout, et dirigeait les autres du doigt ; une seule fois il leur cria en latin : « Cette colonne sera l'une des plus belles de la Maison dorée de Néron. Allons, camarades, dépèchezvous ! si vous n'avez pas fini dans quarante jours, nous serons tous livrés aux botes. y> Je voulus leur dire : (c 0 Artémion et vous autres trépassés, le palais de Néron a depuis longtemps disparu ! Gomment pouvez-vous continuer à tailler pour lui des colonnes ? Dormez en paix dans vos tombeaux ! » Mais quand j'essayais déparier, le latin se changeait en italien dans ma bouche et il me fut impossible d'articuler un seul mot. Et c'est uniquement grâce à cette circonstance que les spectres romains continuent à hanter la carrière et à travailler aux colonnes ; et chaque nuit ils surgissent de la mer, se rendent à l'atelier et y promènent partout avec une rapidité merveilleuse le marteau et le ciseau. Mais dès que le coq chante à Bonifacio, les blancs fantômes se précipitent et disparaissent dans les flots.

Je regardai une dernière fois avec amour les vastes côtes de la Sardaigne, le pays de Gallura, en songeant au bel Enzius, fils de l'empereur Frédéric, qui régna jadis sur ces contrées.

Il y a quelques mois, je me trouvais un soir à Bologne, près du lieu qui servit de prison à cet infortuné ; à peu de distance de là, s'élevait un théâtre de marionnettes sur une grande place dont le silence n'était troublé que par la voix stridente de Pulcinella.

La terre est ronde et l'histoire du monde est comme une boule, ainsi d'ailleurs que la vie de chacun de nous.

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