CHAPITRE XIX
» qu'il est maitre dans le rude métier des armes. Les )) hommes de guerre demandent à marcher sous ses » ordres. Vous pouvez vous fier à la sûreté de leur coup )^ d'œil. Les masses pressentent les hommes. Elles se. )) trompent rarement dans le choix de ceuK qu'elles croient » capables de les diriger. Pouvons-nous d'ailleurs rendre )■) un hommage plus éclatant à la mémoire de Sampiero » qu'en choisissant son fils pour notre général ? Ceux qui » m'écoulent ont le cœur trop haut placé pour ne pas être » inaccessibles à la crainte. vS'il se trouve cependant parmi » eux des hommes assez vils pour préférer le calme » honteux de l'esclavage aux luttes orageuses de la liberté, » que ces hommes s'en aillent, qu'ils se séparent du reste » du peuple ! Qu'ils nous disent comment ils s'appellent ! » Après avoir inscrit leurs noms sur la colonne d'infamie » que nous voulons élever à l'endroit où fut assassiné » Sampiero, nous les renverrons couverts de honte, grossir » les rangs des courtisans de Fornari, à côté de Vittolo » et de Michel-Angelo. Mais qu'ils le sachent bien ! les » combats et les armes, qui sont le glorieux apanage des » hommes libres et des braves, sont aussi pour le faible » le parti le plus sûr ; s'ils hésitent encore, je leur dirai : » d'un côté est la gloire du drapeau, la liberté des citoyens, » l'indépendance de la patrie ; de l'autre, sont les galères, » la honte, le mépris et toutes les misères de l'esclavage. » Choisissez ! »
Après le discours de Leonardo, le peuple nomma, par acclamation, le jeune Alphonse d'Ornano chef et général des Corses. Alphonse avait dix-sept ans ; mais c'était le fils de Sampiero. Ainsi les Corses, loin de se laisser abattre par la mort de Sampiero, comme leurs ennemis l'avaient espéré, opposaient dédaigneusement à la superbe République, à ses vieux généraux, aux Doria, un enfant de dix-sept ans ; et pendant deux années cet enfant, victorieux en mainte bataille, put tenir tête aux Génois.
Cependant cette longue guerre avait épuisé les deux peuples. Gênes voulait la paix ; la Corse, alors divisée en deux partis, les Rossi et les Negri, y inclinait elle-même. La •'République, qui depuis 1561 avait repris le gouvernement des mains de la Banque de Saint-Georges, rappela l'odieux Fornari et envoya dans l'ile Georges Doria, le seul de ce nom dont les Corses aient gardé un bon souvenir.
Le premier acte de cet homme sage fut la proclamation d'une amnistie générale. Plusieurs provinces se soumirent ; plus d'un chef déposa les armes. L'évêque de Sagona parvint même à décider le jeune Alphonse à conclure avec Gênes un traité de paix, aux conditions suivantes : 1» Amnistie entière pour Alphonse et ses partisans ; 2" Liberté pour les hommes et les femmes de gagner le continent ; 3'^ Liberté pour chacun d'eux de pourvoir à la vente et à l'administration de leurs biens ; 4° Restitution à Alphonse du fief d'Ornano ; 5° Assignation de la piève de Vico aux partisans d'Alphonse jusqu'au jour de leur embarquement ; 6° Délai de 40 jours à eux accordé pour mettre ordre à leurs aiîaires ; ?« Liberté pour chaque homme d'emporter un cheval et quelques chiens ; S'^ Abandon des sommes dues au fisc, et, vu la grande misère du pays, défai de cinq ans accordé pour le paiement de toutes les autres dettes ; 9° Mise en liberté de quelques prisonniers.
Alphonse partit pour la France (1569), accompagné de 300 amis. Le roi Charles IX le reçut avec distinction ; il forma un régiment corse et l'en nomma colonel. Plusieurs Corses allèrent à Venise et un grand nombre prirent du service auprès du Pape, qui créa alors la célèbre garde corse, dite des huit cents.
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