CHAPITRE I
le gouvernement français laiî,se ces beaux terrains en friche. Les colonies y prospéreraient certainement mieux que dans les sables d'Afrique, qui dévorent tant d'hommes et tant d'argent. Il y a ici de la place pour deux grandes villes d'au moins 50,000 âmes. Ces colonies de cultivateurs et d'ouvriers laborieux transformeraient bientôt en jardin toute la contrée. Des canaux dessécheraient les marécages et assainiraient l'air. Il n'y a pas en Corse de territoire plus fertile et plus beau ; son climat est plus doux que celui du Sud de la Toscane. On pourrait y cultiver la canne à sucre, et les céréales donneraient le cent pour cent. En augmentant la production et les besoins du pays, on forcerait les montagnards à descendre de leurs sombres villages pour aller cultiver la plaine. La nature offre ici en abondance tout ce qui peut faire naître de grandes industries : des pierres rares aux flancs des montagnes ; des pins, des mélèzes, des chênes dans les forêts ; çk et là des sources minérales ; dans la plaine, du blé et de gras pâturages, capables de nourrir les plus riches troupeaux, et la montagne donne la main à la plaine bordée par la mer la plus riche en poissons. Que peut-on désirer de plus ?
Telle qu'elle est de nos jours, cette côte ressemble bien au rivage de l'île des Gyclopes décrit par Homère dans les vers suivants :
« Au bord de la mer effrayante s'étendent des plaines fertiles, — plantureuses, couvertes de hautes herbes, où pousseraient vite les pampres joyeux. — C'est un terrain meuble où toujours de riches épis — mûriraient pour la moisson ; car le sol abonde en sucs nourriciers. — Là s'ouvre aussi la baie la plus sure où la chaîne est inutile aux vaisseaux. »
En voyant cette belle plaine, j'admirai le coup d'œil des anciens Romains, qui y établirent précisément les seules colonies qu'ils aient fondées en Corse.