‹ Histoire des CorsesChapitre 385 sur 408 · CHAPITRE III. 3âl · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 3âl

de l'Europe, décidés à le soutenir par n'importe quels moyens ; aussi les Génois sont-ils pleins d'épouvante, et leur cause dans cette île peut être considérée comme perdue.

y> D'autres nouvelles plus récentes ajoutent que l'étranger en question augmente sans cesse la magnificence de sa cour : il ne va à l'église qu'accompagné d'une escorte, s'est donné un trésorier du nom de Hyacinthe Paoli, et vient de créer chevalier l'un des hommes les plus considérables d'Aleria. »

On a fait bien des recherches pour arriver à connaître la vie intime du baron de Neuhoff. C'est surtout au romanesque pays d'Espagne et à Paris qu'il se rattache par ses aventures et ses relations. Mais notre petit livre allemand contient aussi à ce sujet une pièce intéressante : c'est une lettre adressée à l'un de ses amis de Hollande par un gentilhomme westphalien. La voici :

THÉODORE DE CORSE (son roman de jeunesse raconté dans une lettre)

(( Monsieur,

» Je suis trop heureux de pouvoir vous faire chose agréable pour que j'hésite à vous communiquer tout ce que je sais de la vie d'un homme dont le nom commence à occuper le monde.

» Vous avez lu dans les journaux, Monsieur, que Théodore de Neuhoff, à qui les Corses viennent d'offrir la couronne,

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est né dans un district de Westphalie appartenant au roi de Prusse. C'est parfaitement exact, et je puis d'autant mieux le constater que nous avons fait nos études ensemble et vécu quelques années dans les rapports les plus intimes.

» L'antiquité nous parle de personnes de condition modeste, qui se sont élevées à l'empire. Ces exemples, nous les avons presque oubliés ; mais Kuli Chan en Perse et NeuhofF en Corse les renouvellent de nos jours. Ce dernier est né à Altena, petite ville de Westphalie où sa mère s'était rendue chez un gentilhomme ami de sa famille, après la mort prématurée de son époux, qui l'avait laissée enceinte de Théodore.

D Son père était capitaine aux gardes du corps de l'évêque de Munster, et son grand-père, qui avait vieilli dans le métier des armes, avait commandé un régiment sous le grand Bernard de Galen. A la mort de son père, ses affaires domestiques étaient fort embarrassées, et sans le bienveillant appui de son cousin qui accueillit la famille dans sa maison, elle se serait trouvée dans une situation fort pénible. A dix ans, on le mit au collège des Jésuites de Munster, où il lit bientôt de rapides progrès. L'année suivante, j'entrai au même collège. Comme les propriétés de son père confinaient aux miennes, nous eûmes, dès l'âge le plus tendre, des relations d'amitié, qui dans la suite devinrent très intimes.

y> Il était d'une taille au-dessus de son âge, et ses yeux vifs, plems de feu, témoignaient déjà de son impétueuse bravoure. Il était très laborieux : nos maîtres nous le proposaient souvent comme modèle. Ce qui excita de la jalousie chez les autres élèves ne me causa que de la satisfaction et fit naître en moi le désir de l'imiter. Nous restâmes six années ensemble à Munster. Mon père, informé de nos relations, résolut, pour ne pas me séparer de mon ami, de me donner Théodore pour compagnon de mon prochain voyage, en lui fournissant les moyens de vivre honnêtement.

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