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ADIEUX A LA CORSE

L'Etranger

Farouche montagnard, à quoi rêves-tu, — étendu là, morne et taciturne, à l'ombre d'un antique olivier, — le fusil double au bras, — l'œil fixé sur le ciel lumineux et brûlant? — Dans ta triste masure, ton enfant pleure de faim, — ta femme chante un vocero et file, file sans cesse ; — et se plaint de ne voir aucun terme à sa peine, — de retrouver toujours sa chambre déserte et le feu éteint au foyer. — Et toi, pareil au faucon, tu te poses là-haut sur le roc, — et dédaignes de venir dans la vallée répandre le blé d'or, — de t'entourer de la douce verdure des plantes nourricières

— et des vignes, de t'élever un confortable abri. — Vois la plaine qui s'étend là-bas — souriante vers la mer, — au pied de ces montagnes bleues ensoleillées, — un éden où coulent mille clairs ruisseaux ! — Mais là pullulent l'arbousier et le myrte, heureux souverains de ces vastes domaines,

— là croissent partout la fougère, le cytise et l'érica, — pâturage d'été des chèvres au poil noir. — Le Golo s'y traîne paresseusement vers le marais — couvert de roseaux, qui alourdit — et enfièvre l'air humide, et consume lentement la vie

— du pêcheur à qui il donne son poisson. — Et quand le voyageur parcourt ces campagnes, il n'entend que le bruit du vol des oiseaux sauvages, — et ne se heurte qu'à des débris informes — de villes romaines disparues. — Debout, ô Corse ! quitte enfin ton repos indolent ! — descends à la plaine, saisis la bêche, — la houe et la cognée, cultive la terre, — et ce jardin se couvrira de fruits pour toi.

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