CHAPITRE VIII
Dure réponse du cabinet de Versailles; les Corses se révoltent et battent Boissieux ; ils se soumettent à Maillehois {1739); après le départ de ce dernier, ils recommencent la guerre; et enfin sans se soucier de Théodore, ils font la paix {i743), laquelle dure deux ans. Nouvelle révolte (1745); héroïsme de Giampietro Gaffori ; Gênes s'adresse encore à la France; le général de Cursay pacifie Vile(i75i); il est rappelé sur le continent et la guerre éclate plus terrible que limais contre les Géîiois, qui font assassiner le valeureux Gaffori {llbô). - La guerre continue pendant deux ans sous le gouvernement des Cinq.
Dans les derniers jours du mois d'octobre arriva de Versailles l'acte de paix définitif, sous la forme d un edit publié par le doge et le sénat de Gênes et signe par la France et par l'Empereur, L'édit contenait quelques concessions et enjoignait aux Corses de se soumettre et de déposer les armes. Boissieux leur accorda qmnze jours de
réflexion
L'assemblée populaire se réunit aussitôt à Orezza pour en délibérer et fit, dans un manifeste, la déclaration suivante. « Nous ne perdrons pas courage ; mais nous . armant d'une résolution virile, nous mourrons glorieuse- » ment les armes à la main, plutôt que de rester oisifs et ,) misérables spectateurs des malheurs de la patrie, plutôt » que de léguer l'esclavage à nos enfants. Nous pensons » et nous disons avec les Machabées : melius est mon m
» bello, quam videre mala gentis nostrœ, mieux vaut mourir » en combattant, que de voir les malheurs de notre » peuple. V
Avant l'expiration du délai, le bouillant et altier Boissieux envoya 400 hommes à Borgo, afin de désarmer la population ; l'assemblée d'Orezza délibérait en ce moment. En apprenant cette agression brutale, le peuple, au cri de viva la libertà !viva il popolo ! marcha sur Borgo et bloqua les Français dans le village. Boissieux, averti par un courrier, accourut avec 2,000 hommes ; mais les indigènes les précipitèrent du haut des montagnes, rompant leurs bataillons et les poussant en désordre jusque sous les murs de Bastia. Boissieux écrivit alors en France pour réclamer des renforts et lui-même, atteint d'nne maladie mortelle, demanda son congé. Ce neveu du célèbre Villars mourut à Bastia le 2 février 1739. Il fat remplacé par le marquis de Maillebois qui, au printemps, arriva dans l'ile avec des troupes nombreuses.
Sévère, mais juste, prompt, mais sûr dans l'action, Maillebois était bien l'homme qu'il fallait pour une semblable guerre. A l'expiration du délai accordé aux Corses pour rentrer dans l'obéissance, il fit sur différents points avancer toutes ses troupes à la fois. Paoli, attaqué en Balagne, lâcha pied ; comme il était plutôt homme politique que général, il douta de la possibilité de la résistance et mit bas les armes ; sa soumission entraîna celle de Giafferri. Maillebois réunit alors les chefs des insulaires à Morosaglia et leur représenta que le repos du pays exigeait leur éloignement. Ils s'y résignèrent ; et pendant l'été de Tannée 1739, vingt-deux Corses de marque partirent pour l'étranger. Parmi eux se trouvaient Hyacinthe Paoli avec son fils âgé de 14 ans, Giafferri et son fils, Castineta et Pasqualini.
Le deçà des monts cessa de résister ; mais au-delà, deux braves parents de Théodore continuèrent la lutte : c'étaient ses neveux, le baron de Droste et le baron Frédéric de