CHAPITRE VIII
Neuhoff, qu'appuyaient surtout les populations de Zicavo. Ils combattirent tous les deux avec courage, et Frédéric erra même quelque temps dans les montagnes et les makis où il soutint une guerre de partisans ; mais à la fin eux aussi mirent bas les armes et obtinrent d'honorables passe-ports pour l'étranger.
Maillebois devint alors le véritable chef de l'ile. Il s'opposa aux mauvais desseins du gouverneur génois, sut par sa mâle énergie rétablir l'ordre partout, et administra le pays avec sagesse et équité. 11 réunit en un régiment, « Le royal Corse », tous les insulaires qui se croyaient trop compromis dans la dernière révolte et désiraient prendre du service en France pour échapper à la haine des Génois. Mais des intérêts plus graves le rappelèrent bientôt sur le continent. En 1741 il quitta la Corse, suivi de près par ce qui restait de troupes françaises.
A peine les Français eurent-ils quitté l'ile, que la haine contre les Génois se ralluma dans tous les cœurs. Cette haine était devenue un héritage national. Dès que le gouverneur Domenico Spinola essaya de lever l'impôt des due seini, le peuple révolté attaqua et défit les Génois, et la petite guerre recommença partout.
Soudain reparut Théodore auquel personne ne songeait déjà plus. Un beau jour il arriva à l'Ile-Rousse avec trois vaisseaux anglais, chargés cette fois encore d'importantes provisions de guerre. Chassé de ses états, il n'avait pu renoncer à l'espoir d'y revenir en roi, et s'étant rendu en Angleterre, ses efforts avaient été, comme à Amsterdam, couronnés de succès.
Il se montra donc une autre fois sur les côtes de la Corse et distribua des munitions, des armes et des manifestes, où, parlant en souverain offensé, il annonçait aux traîtres un châtiment sévère et invitait les sujets fidèles à se grouper autour de lui. Le peuple ne répondit rien ; mais la rumeur publique ne tarda pas à faire entendre à l'infortuné monarque que son empire s'était évanoui à tout
jamais. Le cœur gros de tristesse, Théodore leva l'ancre et partit pour ne plus revenir. Il se retira en Angleterre. Cependant les Corses et les Génois avaient conclu la paix. Les conditions en étaient très avantageuses pour les insulaires, qui rentraient enfin dans leurs droits, tant de fois réclamés et méconnus. Il s'ensuivit deux années de calme, pendant lesquelles l'ordre sembla vouloir se consolider, et pour mettre fin aux guerres intestines et à la vendetta, le peuple nomma Protecteurs de la Patrie Gaffori, Venturini et Alérius Matra, que l'on considéra depuis ce moment comme les chefs de la nation. Mais des proscrits remuants, qui voyaient le feu couver sous la cendre, résolurent alors de le rallumer et de tenter une nouvelle attaque contre les Génois.
Au service du roi de Sardaigne se trouvait à cette époque le comte Domenico Rivarola, Génois de Bastia, mais ennemi mortel de la Ptépablique. Il s'entoura de Corses, parvint à intéresser le roi Charles-Emmanuel en faveur de l'expédition qu'il méditait, en obtint quelques vaisseaux de guerre et, appuyé par les Anglais, il s'empara de Bastia. L'ile se déclara pour lui et la guerre recommença partout.
Giampietro Gaffori, homme d'un admirable héroïsme, marcha alors sur Corte et attaqua la citadelle placée sur un roc escarpé. Le commandant génois, qui en prévoyait la chute si les Corses continuant leur feu meurtrier ouvraient une nouvelle brèche, fit suspendre au bastion le jeune fils de Gaffori, son prisonnier. A la vue de ce corps qui se balançait sur les remparts, les Corses épouvantés cessèrent de tirer. Giampietro frémit d'horreur ; puis, après un moment de silence, il cria : « Feu ! » et les canons recommencèrent à tonner. Les Corses emportèrent le château et leur héroïque général eût la satisfaction d'embrasser son enfant, que les balles avaient respecté.
Après la chute de Corte tout l'intérieur se souleva. Le