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CHAPITRE IX

d'une bonne et ancienne famille de caporali du delà des monts, était poussé par l'ambition et l'envie. 11 avait espéré être revêtu lui-même de la première dignité de la nation, et c'est pour en dépouiller son rival qu'il s'était révolté. Ses forces étaient redoutables.

Voulant éloigner de son pays le fléau de la guerre civile, Paoli offre à son compétiteur de déposer les armes et de laisser à l'assemblée populaire le soin de décider entre eux. Matra, comptant sur sa bravoure, sur son expérience de la guerre et même sur l'appui de Gênes, refuse avec arrogance. Il attaque et bat les Paolistes ; puis, repoussé lui-même, il reparait au commencement de l'année 1756 avec des troupes auxiliaires génoises, se jette hardiment sur Bozio et y surprend Paoli, qui n'ayant que fort peu de monde, se réfugie aussitôt dans le couvent, où il se retranche. Mais à chaque instant augmente le danger. Le couvent est assailli avec fureur : déjà les portes sont en flammes ; déjà l'incendie gagne l'intérieur. PaoU se croit perdu. Tout à coup les conques marines retentissent dans les montagnes : son frère Clément arrive à la tête d'une troupe de braves; Thomas Cervoni l'accompagne, Cervoni que sa mère vient d'armer elle-même pour sauver PaoU, son ennemi mortel.

La lutte devint alors désespérée. On dit que Matra, voyant ses soldats morts ou fugitifs, se jeta dans la mêlée avec une impétuosité inouie et que, renversé par un coup de feu, il continua à combattre à genoux, jusqu'à ce qu'un second coup rétendit sans vie sur le sol. Paoli pleura de douleur sur le corps inanimé de son vaillant adversaire, en songeant qu'un pareil héros était mort dans les rangs des traîtres, à jamais perdu pour la patrie. Le péril était ainsi heureusement conjuré. Le parti de Matra se dispersa, mais un petit nombre de ses adhérents se réfugièrent à Bastia auprès des Génois, pour reparaître à la première occasion.

La république de Gênes, jadis si florissante, était évidemment épuisée, décrépite et déjà à la veille de sa chute.

Inquiétée par les progrès des Corses, dont le gouvernement se consolidait tous les jours davantage, elle fit quelques tentatives pour les arrêter par les armes ; mais l'énergie du temps des Doria et des Spinola lui manquait. Plus d'une fois, soutenues par des mercenaires suisses et allemands, ses troupes attaquèrent Paoli dans son quartier-général de Furiani, village situé à peu de distance de Bastia ; mais toujours sans succès.

Alors elle se tourna encore du côté de la France. Le cabinet de Versailles envoya (1756) des garnisons dans les villes fortes de l'ile, afin d'empêcher les Anglais de s'établir dans les forteresses du littoral. Mais les Français restèrent neutres, se contentant d'occuper les lieux fortifiés, qu'ils évacuèrent enfin de nouveau en 1759.

Gênes hésitait. La Corse se transformait rapidement sous ses yeux en un Etat bien ordonné et florissant : les finances et l'administration devenaient peu à peu régulières ; l'agriculture se développait ; des fabriques et des moulins à poudre travaiUaient activement ; une nouvelle ville, l'Isola Rossa, s'élevait devant l'ennemi ; Paoli avait même créé une flotte nationale, qui rendait la Méditerranée peu sûre pour les vaisseaux génois. L'ile entière, purgée des querelles de familles, était bien défendue et bien armée ; les dernières places fortes que possédât encore la République étaient de plus en plus étroitement bloquées, et leur chute semblait tout au moins possible. Grâce à une sage administration et à sa propre valeur, la nation était devenue assez forte pour pouvoir enfin se passer de secours étrangers. Les Génois proposèrent alors la paix ; mais le peuple corse déclara ne vouloir les écouter qu'après l'évacuation complète de l'ile.

La RépubUque tenta de nouveau les chances de la guerre. Elle s'adressa encore aux Matra, à Antonio et Alerius (ce dernier avait été avec Gaffori et Venturini l'un des régents du pays) et les nomma, l'un après l'autre, maréchaux. Chacun d'eux essaya, avec un corps de troupes,

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