‹ Histoire des CorsesChapitre 67 sur 408 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

» prêt à défendre ses droits par les armes. Les troupes ré- » galières font plus pour le despotisme que pour la liberté. » Rome cessa d'être libre le jour où elle paya ses soldats, , » et les invincibles phalanges de Sparte étaient fournies » par les masses. Avec l'armée permanente s'établit l'esprit » de corps : on parle de la bravoure de tel régiment, de » telle compagnie ; ce sont des maux plus graves qu'on » ne pense, et il est bon de les éviter autant que possible. )^ On doit parler de l'énergie de telle commune, du » dévouement de telle famille, de la bravoure de tel )) citoyen ; c'est ainsi qu'on excite l'émulation chez un » peuple libre. Quand nos mœurs seront ce qu'elles » doivent être, notre peuple tout entier sera discipliné et » notre milice invincible. »

Ce n'est que contraint par la nécessité que Paoli consentit à établir un petit nombre de troupes régulières pour occuper les points fortifiés. C'étaient deux régiments à quatre cents hommes, commandés par Jacobo Baldassari et par Titus Buttafuoco. Chaque compagnie avait deux capitaines et deux lieutenants ; les officiers instructeurs étaient Français, Suisses et Prussiens. Tout soldat régulier était armé d'un fusil à bayonnette, d'une paire de pistolets et d'un poignard. L'uniforme était en drap de laine noire du pays ; l'officier se distinguait du soldat par un petit galon au collet de l'habit, et par un fusil sans bayonnette. Tous portaient des bonnets en peau de sanglier corse et de longues guêtres en veau, montant jusqu'au genou. On vantait les bons services rendus par ces deux régiments. La milice ou armée populaire était organisée de la manière suivante : Tous les Corses de 16 à 60 ans étaient soldats. Chaque commune avait à fournir, d'après son importance, une ou plusieurs compagnies, dont elle nommait elle-même les officiers. Chaque piève formait à son tour un camp sous les ordres d'un commandant choisi par le général. La milice était répartie en trois contingents, qui servaient à tour de rôle pendant quinze jours. Oa avait

pour règle de mettre les parents ensemble, de sorte que la plupart des soldats de chaque compagnie étaient unis entre eux par les liens du sang. Ceux qui occupaient les places fortes recevaient une solde annuelle, les autres n'étaient payés qu'en campagne. Les villages fournissaient le pain.

Les dépenses publiques étaient couvertes par la taxe de deux livres que payait chaque famille, par les impôts sur le sel et sur la pêche du corail, et par d'autres contributions indirectes.

Paoli ne négligea rien de ce qui peut produire et développer le bien-être général. L'agriculture fut surtout l'objet de sa vive sollicitude : tous les ans l'assemblée populaire nommait dans chaque province deux commissions chargées de s'en occuper spécialement. On planta des oliviers et des châtaigniers, on sema du mais, on fit des plans pour le dessèchement des marais et l'ouverture des routes. Chose admirable ! D'une main les Corses repoussaient alors l'ennemi, tandis que de l'autre. ils répandaient sur leur terre natale des semences fécondes.

La science, garantie suprême et noble couronnement de toute liberté, Paoli chercha aussi à la donner à son peuple. Ces siècles de fer n'en avaient pas permis le développement : les Corses étaient restés des enfants de la nature, pauvres de science, mais riches de bon sens. Gênes avait, dit-on, négligé à dessein l'instruction publique. Sous le gouvernement de PaoU les écoles populaires surgirent de tous côtés, et les ecclésiastiques corses, hommes courageux et indépendants, en prirent à l'envi la direction. On créa à Corte une imprimerie nationale d'où ne sortaient que des livres destinés à instruire et à éclairer le peuple. Les enfants hsaient dans ces livres, que le patriotisme est la plus haute vertu d'un noble cœur, et que tous ceux qui meurent en combattant pour la liberté sont des martyrs dont la place est marquée à côté des saints dans le ciel.

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