‹ Histoire des CorsesChapitre 94 sur 408 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

Cependant le jour airivait. Quittant alors la cumi du vieux Corse, nous allâmes contempler la mer dorée par les premiers feux du matin. Le soleil levant illuminait les trois îles situées en face de Bastia, l'île d'Elbe, Capraia et la petite Montecristo. La (juatrième île de cciS parages, c'est la Pianosa, l'antique Planasia, où Tibère fit autrefois égorger Agrippa Posthumus, petit-fils d'Auguste. Elle est plate, comme son nom l'indique ; c'est pourquoi il est difficile de la distinguer d'ici. La vue continuelle de ces trois îles bleues à l'horizon rend les promenades de Bastia doublement agréables. Je m'assis sur les remparts, et de là je dominais la mer et le petit port de la ville où se trouvaient à peine six navires. Ces brunes falaises, ces collines verdoyantes parsemées de bois d'oliviers, ces petites chapelles sur le rivage, ces vieilles tours génoises sombres et solitaires, cette vaste nappe d'eau brillant de tout l'éclat des couleurs méridionales, enfin l'idée que j'étais comme perdu dans cette île étrangère produisirent sur mon ;tme une impression ineffaçable.

En quittant la citadelle pour chercher pendant le jour un hôtel convenable, j'assistai encore à une scène d'un caractère bizarre. Deux gendarmes à cheval, entourés d'une foule nombreuse, conduisaient devant eux un homme attaché à une longue corde, lequel faisait les bonds les plus merveilleux, et imitait tous les mouvements d'un cheval. C'était un pauvre fou qui s'imaginait être un noble coursier. Aucun des assistants ne riait, bien que les gambades de l'infortuné fussent assez originales. Tous étaient mornes et silencieux ; et en voyant ces hommes si graves devant le malheur, je me trouvai pour la première fois à l'aise dans leur île, et me dis que les Corses n'étaient point des barbares. Les cavaliers s'éloignèrent avec le fou qui, attaché à sa corde, trottinait par les rues de la ville, portant sur sa figure les marques

de la plus grande satisfaction. Cette manière de se servir de son idée fixe pour le conduire me parut à la fois ingénieuse et naïve.

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