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ENVIRONS DE BASTIA

Que de charmes ont ici les promenades du soir et du matin sur le rivage ! En faisant quelques pas à peine on se trouve près du grand élément ou dans les montagnes, là comme ici séparé du monde, au milieu de la bienfaisante solitude de la nature. Au bord de la mer s'élèvent des bois touffus d'oliviers. Souvent je m'y couchais auprès d'un tombeau de famille (un petit monument avec une coupole moresque), et entouré d'un silence ravissant, je regardais par delà les flots les trois iles à l'horizon. Partout où l'on tourne les yeux règne un calme et un recueillement solennels : de sombres falaises, couvertes de cactus épineux, des tours solitaires, rien sur les vagues, nulle part un homme, un oiseau, à droite et à gauche de hautes montagnes inondées d'une chaude lumière.

Je gravis les hauteurs des environs de Bastia. Elles sont parsemées de vignobles, de bois d'oliviers, de jardins d'orangers, de petites villas aux formes les plus bizarres ; çà et là on aperçoit un palmier éventail, d.:s chapelles funéraires au milieu des cyprès, des ruines ensevelies sous le herre. Les sentiers sont rudes : il faut enjamber des roches roulées par les eaux, marcher sur des murs, entre des haies de ronces, dans un enchevêtrement de lierres et de chardons sauvages. J'admirais surtout la campagne au Sud de Bastia. De ce côté,

les montagnes affectent, comme presque partout en Corse, la forme de superbes pyramides ; mais elles sont plus éloignées et s'inclinent doucement vers une plaine souriante. C'est là qu'est le vaste étang de Biguglia, avec sa couronne de roseaux, silencieux et morne, à peine traversé par quelque petite barque de pêcheurs. Je le regardais par un soleil couchant, qui le couvrait d'une teinte rose ainsi que les hauteurs. Un seul navire glissait sur la mer éclairée par les derniers feux du jour.

Le calme d'une grande nature initie notre âme comme à de saints mystères. Je voyais à gauche le couvent de Saint- Antoine au milieu des oliviers et des cyprès, deux moines assis devant le portique et des femmes, couvertes d'un voile noir, sortant de l'église ; et cette scène fit revivre en moi le souvenir d'un tableau représentant l'heure des Vêpres en Sicile.

En descendant vers la grande route, j'arrivai au chemin du Nebbio, au moment où des troupeaux de chèvres rentraient au bercail. Je vis passer devant moi, au galop, des cavaliers avec le bonnet phrygien sur la tête, la veste brune en laine de brebis jetée sur les épaules, le fusil double en bandoulière, de rudes gaillards au visage de bronze, montés sur des chevaux rouges. Ils sont parfois deux, homme et femme, placés l'un derrière l'autre sur la même bête, et lorsque le soleil est trop brûlant ils ouvrent un énorme parasol.

L'ombrelle est ici indispensable en été. J'ai vu souvent des hommes et des femmes prendre des bains de mer, les femmes habillées, les hommes tout nus ; ils étaient là tranquillement assis dans l'eau, sous leurs grands parasols, et ils me semblaient on ne peut plus heureux.

Les femmes chevauchent ici comme les hommes, et se tiennent bien sur leur monture. L'homme porte toujours la

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