‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 2)Chapitre 10 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Premier incendie du collège en 1640. — Sa reconstrnction en 1641. » Vital Henry 8 vent faire exproprier le collège. — bienfaitears du collège: Pierre Ghapuis, Claude Chapuis, Jean Gliapuis, Gabriel Chapuia et Jean-Baptiste Ghapois. — Gbirat de la Pommière et de Montrouge, 1646. — François Graojon, 1658. — Jean Péronin, 1664. — Claude Legrand, 1691. — - Le collège des Oratoriens à Notre-Dame-de-Gr&ces. — Jacques-Joseph Dugœt. — Massillon. — Gilbert de Gadagne de Boutbéon, bienfaiteur du collège de Montbrison en 1732. — Le collège des Jésuites de Roanne.

Un malheur, aussi grave qu'imprévu, vint frapper le collège de Montbrison, et détruisit un instant toutes les espérances qu'il faisait naître : un violent incendie consuma, le 14 août 1640, tous les bâtiments des Pères de l'Oratoire, même leur^glise, ses ornements et le mobilier de leur maison.

Ce désatre, car c'en était un pour une petite ville, dut être d'autant plus difficile à réparer que les finances de la ville étaient épuisées par des emprunts antérieurs. Il fallait pourtant reconstruire au plus vite les bâtiments du collège. Les habitants de Montbrison avaient su apprécier les avantages de cet établissement; aussi, dès la fin de Tannée 1641, le collège était entièrement rebâti sur le même emplacement,

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et les Pères de TOratoire y avaient repris le cours de leur enseignement.

Une inscription gravée sur une pierre, déposée aujourd'hui dans la bibliothèque de la ville de Montbrison, nous a conservé comme il suit le souvenir de cette reconstruction :

XPO-. ORBI*. IMPBR.

LVDOTICO JV8T0 REGN. CIVES MONTB. C0LLE6II SYI ^OES RES- TA VRANT. — A* M. DGZLI (]).

Un ancien plan de la ville de Montbrison de 1732 nous apprend encore que le corps principal du nouveau collège comprenait au centre un pavillon saillant sur le reste de Tédifice,» couronné par un dôme peu élevé (2).

Mais ce ne fut pas sans sacrifices que la ville de Montbrison parvint à rétablir son collège. Un mémoire de 1645, dressé par les consuls pour être autorisés à établir un impôt extraordinaire, nous apprend en effet qu'à cette époque la ville avait contracté une dette de 60,000 livres, soit pour le premier établissement de son collège, soit pour la nourriture des pauvres pendant la peste et le logement des gens de

(i) Revue Forézienne, année 1870, p. 77.

(2) JBittoire de$ duct de Bourtfon et det comtee de Forez, par La Mure et Ghantelaoïe, t. 1.

guerre, soit enfin pour la reconstruction du collège. Nous apprenons encore par ce mémoire- que les consuls étaient vivement poursuivis par Vital Henry s, sieur de Grézieux, fils et héritier de Pierre, qui avait fait, comme nous Tavons dit, une avance de 10,000 livres à la municipalité. Pierre Henrys était mort à la fin de 1627, et son fils Vital réclamait énergiquement le payement de la créance de son père. Cette créance arrivait en 1645, en capital et intérêts, à 13,000 livres. « Il menace, dit le mémoire, de faire saisir nonce seulement le collège, mais tous les autres biens a des Oratoriens. Les consuls sont donc à la veille « de voir lesdits Pères de l'Oratoire quitter leur ville « et le collège; ce qui causerait un préjudice notable « non-seulement à la ville de Montbrison, mais enoc core à toute la province, ainsi qu'aux missions et a autres œuvres de piété que les Pères pratiquent <c avec beaucoup de profit. »

On voit par ces lignes que si Pierre Henrys déploya un grand zèle et fit de grandes avances à la ville pour y établir un collège d'Oràtoriens, il peut et doit être regardé comme un des bienfaiteurs de cette maison, mais non comme le fondateur, ainsi que Font répété plusieurs historiens, et notamment de nos jours l'auteur de V Armoriai du Lyonnais , Forez et Beavr jolais; car son fils Vital employa contre la ville les moyens les plus violents pour rentrer dans les avances que son père avait faites. Nous ne prétendons pas par là diminuer le mérite de Pierre Henrys, quoique son fils Vital n'ait pas hérité des sentiments de son père.

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Pierre Henrys, en effet, était une de œs natures qui se passionnent pour le bien public; En môme temps qu'il installait un collège à Montbrison, il s'occupait d'y appeler une industrie en fournissant ses capitaux à une fabrique de coutellerie établie, en 1625, par les sieurs Mazenod, Béraud et Barailhon, de Saint- Etienne. Cette société ne prospéra pas; et, à la mort de Pierre Henrys (1 627), elle fut déclarée en faillite (1) . Pierre Henrys appsurtenait, du reste, à une famille qui jouissait alors d'une grande considération dans la province. Il était fils de Claude, procureur du roi en l'élection du Forez, prisonnier politique détenu au château de Montbrison pendant dix-huit mois au temps de la Ligue (1590), et de Anne de la Veiihe, une des meilleures fafnilles foréziennes. Il était frère de Claude Henrys, le plus célèbre jurisconsulte de la province, et de Jean Henrys, chanoine du chapitre de Montbrison, qui y fit, dit de La Mure, « de belles « fondations, et y remplit dignement la charge de « chantre, deuxième dignité du chapitre. » La famille Henrys est représentée aujourd'hui par MM. d'Aubigny, qui ont quitté le nom d'Henrys, illustré dans notre province par de beaux souvenirs, pour prendre celui plus aristocratique, mais moins connu, d'Aubigny, d'un château situé près de Sury-le-Comtal.

La demande d'un emprunt de 60,000 livres à faire par la ville de Montbrison pour éteindre ses dettes rencontra de grandes difficultés auprès de l'adminis^

(1) ŒaTTes de Cl. Henrys, t. 2, p. 873.

tration supérieure; aussi les échevins^ au nombre de quatre : MM. Caze^ La Pierre de Saint-Hilaire, F. Granjon et Charez, durent se transporter à Paris, soit pour aplanir ces difficultés, soit pour négocier l'emprunt. Ce voyage leur coûta 1,620 livres. La ville de Montbrison fut autorisée, par ordonnance royale du 30 août 1645, à s'imposer extraordinairement une somme de 1,400 livres chaque année pour servir l'intérêt des dettes contractées pour le collège et l'entretien des Pères; <l mais, attendu la cause « de la dette (c'es^à-dire l'instruction), dit une déli- « bération de la même année, l'impôt annuel sera a supporté par tous les habitants, exempts ou W)n, a privilégiés ou non. »

La créance de 13,000 livres de Vital Henrys lui fut remboursée en partie avec cet emprunt; le surplus, c'est-à-dire 4,000 livres, fut converti en une rente perpétuelle de 200 livres, qui se levait annuellement sur les habitants de Montbrison. Cette rente était encore due, en 1682, à Jacques Henrys, sieur de Grézieux, qui la céda alors à Claude Martin (des Pommeys), conseiller du roi au bailliage de Forez, son beau-frère. .

' En sus de leur part dans ces impôts. Messieurs du présidial voulurent personnellement venir en aide aux prêtres do l'Oratoire (1) ; et, dans une délibération prise le 24 novembre 1646, ils votèrent au collège

(1) Le présidial de Montbrison, établi en 1638, fut supprimé en 1648 et réuni à celui de Lyon.

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un dubside annuel de 300 livres. Ce vote libéral fut signé de MM. Jean Croppet^ lieutenant-général au présidial, Âllard^ du Rosier^ Vial^ de La Mure^ Tissier (du Soleillant), Chapuis, Rival (de la Thuillière), Cozon (de Bayard) , Caze^ Chapuis de Villette, 6rata> Boyer, Ramey, de Vinols, Henrys et Relogue. On aime à voir les sommités judiciaires de Montbrison témoigner ainsi de leur zèle pour répandre l'instruction. Mais ce zèle ne fut pas de longue durée> et le 6 août 1647 Messieurs de l'élection durent rendre une ordonnance contraignant Messieurs du présidial à payer les 300 livres qu'ils avaient promis.

Le collège était alors dirigé^ depuis 1644^ par Pierre Chapuis, Oratorien en renom. Il appartenait à une famille forézienne dont les branches nombreuses ont formé les Chapuis de Villette, de Foris, de la Salle, de Clérimbert, de la Goutte, de Roche-la- Molière, de Maubou, etc* Cette famille s'est fait remarquer par les nombreux chanoines qu'elle a fournis au chapitre de Montbrison , par les conseillers qu'elle a donnés au bailliage, par la fondation du grand couvent des Ursulines et par ses libéralités envers le collège de Montbrison. Claude Henrys nous apprend^ en effet (t. IV, p. 237), que le P. Chapuis fit plusieurs donations en faveur des Oratoriens. Mais les plus importantes eurent lieu après la mort de Claude Henrys, arrivée en 1662. En effet, postérieurement à cette date, Pierre Chapuis fit encore don aux Oratoriens d'un capital de 5,000 livres pour établir dans leur

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