LES PÈRES DE L^ORATOIRE
mières et promptes réparations^ elle était à peine habitable^ et menaçait ruine dès l'année. 1780.
La municipalité s'occupa dès lors de la reconstruction totale de son collège. Les plans en furent confiés au sieur Louis Dubost, architecte à Lyon, et l'adjudication en fut donnée, le 28 avril 1783, au sieur Thomas Faure, au prix de 62,500 livres, dont 60,000 pour la reconstruction elle-même et 2,500 pour les honoraires de l'architecte.
. Comme la ville de Montbrison était loin d'avoir dans sa caisse municipale un capital aussi important la congrégation des Pères de l'Oratoire se rendit caution de cette somme; elle en fit même l'avance. La ville s'engagea à la lui rembourser par fraction annuelle de 3,000 livres. Dès l'année 1791, la créance des Oratoriens contre la ville était, en effet, réduite à 44,500 livres. Quant aux intérêts du capital, ils devaient être payés moitié par l'Etat, sur les fonds des étapes, et moitié par la ville de Montbrison. Il est dit dans une délibération du 9 juin 1783, qui fixe les conditions de l'emprunt et du remboursement, que l'impôt voté pour assurer ces services sera assis sur tous les habitants de Montbrison sans exception ni privilège. Des lettres-patentes du 10 août 1784, enregistrées en parlement le 10 décembre suivant, approuvèrent la reconstruction du collège et les emprunts relatifs. Mais la somme de 60,000 livres avancée par les Pères de l'Oratoire fut insuffisante pour exécuter les plans de l'architecte Dubost, et, dès l'année 1785, le Révérend Père Petit, supérieur
de rOratoire de Juilly (diocèse de Meaux), fit l'avance d'un nouveau capital de 6,000 livres, nécessaire pour achever l'église et l'agencement intérieur des nouveaux bâtiments; et le 21 mai 1785^ devant M* Doillot, notaire à Paris, les échevins de Montbrison lui en firent une reconnaissance au revenu de 300 livres. Le supérieur de cette époque, le P. Nicolas Renaud, déploya, dans cette circonstance, un grand zèle pour les intérêts de la ville. Aussi, Sonyer du Lac, dans son Manuscrit sur les fiefs du Forez, publié et annoté par M. d'Assier (p. 186), dit, en parlant de cette nouvelle et importante construction : « Le public (( en a l'obligation au supérieur de ce collège, qui par a son intelligence et ses soins a surpassé les vœux « des habitants, d
LesMontbrisonnais, en effet, durent éprouver une grande satisfaction en voyant sortir de ses ruines le collège pour lequel ils avaient fait tant de sacrifices, et un juste sentiment d'orgueil à la vue du beau mo^ nument qu'ils venaient de consacrer à l'enseignement de la jeunesse. La nouvelle construction comprenait un corps principal, orné d'un fronton, flanqué de deux ailes en retour. La chapelle occupait celle de gauche. Une belle cour règne au milieu de ces trois bâtiments et un vaste jardin s'étend au midi et au couchant. Ce bâtiment existe toujours; après avoir longtemps servi d'hôtel de préfecture, il sert aujourd'hui de logement au sous-préfet. Une belle grille de fer s'étend d'une aile à l'autre et clôt là cour.
La deuxième reconstruction du collège de Mont-
LBS PËRKS DE l/ORATOIRË. 57
brison avait été, comme on pense, une grave charge pour les finances de la ville et avait absorbé tous les capitaux des prêtres de TOratoire. Aussi, ces derniers se trouvaient dans un grand état de gêne. En face des sacrifices que la ville venait de faire, ils n'osèrent demander aux échevins une augmentation de pension; mais ils revendiquèrent, en 1784, aux chanoines de Montbrison, tous les revenus attachés au canonicat
précej7torial donl nous avons parlé au commencement de cette notice. Ces revenus, ou par oubli, ou par ignorance des titres, ne paraissent pas avoir été réclamés par les Oratoriens depuis 1705. Aussi, les chanoines se crurent fondés à opposer la prescription, en s'appuyant sur près d'un siècle de silence. Le bailliage n'admit pas ce moyen de défense et condamna Messieurs du chapitre.
Les chanoines payaient, il est vrai, aux Oratoriens, comme nous l'avons dit, 180 livres par an, suivant le traité du 1 1 mai 1 623 ; mais ils gardaient tous les revenus attachés au canonicat préceptorial. Un arrêt du parlement de Paris, du 22 mai 1787, confirma le jugement du bailliage et condamna le chapitre de Montbrison à abandonner aux Pères de l'Oratoire la totalité des revenus de la prébende ou canonicat préceptorial, tels- que : ce les gros fruits, les district butions manuelles quotidiennes grosses et menues, a de quelque nature qu'elles puissent être, tout ainsi a qu'en jouissent les autres chanoines. » Ce procès donna lieu à deux mémoires : 1"* Précis pour le chapitre de Moiitbrisoiij ajypelant d'une sentence Tome 2. 5
58 LBS GOUYBNTS DB MONTBRISON.
par défaut contre les Oratoriens de la même ville (imprimé par V* d'Houry et Debure, in-4" de 18 pages); 2* Précis pour les Pères de l'Oratoire de Montbrison contre le chapitre de la même ville (Paris, N.-H. Nyon, 1787, in-4* de 20 pages) (1).
C'est ainsi que les Pères de l'Oratoire furent définitivement mis en pleine jouissance de tous les revenus de l'ancien collège de Montbrison, y compris tous ceux du canonicat préceptorial. Ces revenus arrivaient, suivant un état de l'année 1 760, à 688 liv.
Les revenus du nouveau collège, compris ceux qui appartenaient en propre à la communauté des Oratoriens , se composaient :
1" De l'imposition ordonnée par l'arrêt de 1645, sur tous les habitants de Montbrison, ci 1000 »
2* D'une rente sur les gabelles « provenant du legs du P. Chapuis j> 281 »
3" D'une autre rente donnée par les Oratoriens d'Effiat (Auvergne) à ceux de Montbrison 250 »
4* Des rentes constituées par les états de Bourgogne le 21 mars 1758 150 »
5* D'une autre rente sur M. d'Aubigny (Henrys), provenant de M. de Verdun (Gadagne d'Hostun) 135 i>
A reporter 2504 liv.
(1) Manuscrit de la bibliothèque nationale de Paria, n* 223, notée envoyées pas M. J. de la Roa, employé au ministère des finances.
LES PÈRBS DE l'ORÀTOIRE. 59
Report 2504 liv.
6"* De huit petites rentes arrivant à.. . . 107 »
7** Du produit des trois domaines acquis deM. d'Aubignyenl736 (1) 250 »
8** Du produit d'une vigne de vingt-quatre journalées, avec jardin et loge, situés à Moind, au territoire des Sarrazins 130 »
9"* Du droit d'entrée des écoliers, en moyenne 260 »
10** Du produit des rentes obituaires au nombre de six 97 »
Total des revenus en 1760.. . . 3348 liv.
Les charges du collège, dont le détail ne nous est pas connu, arrivaient à 2970 »
Dans ces charges il est fait mention seulement d'une somme de 40 livres pour l'entretien de la bibliothèque, provenant d'une fondation spéciale faite par un Père de l'Oratoire dont le nom n'est pas indiqué.
Le revenu net du collège était dçnc réduit, suivant cet état, à 378 livres, ci. . . 378 liv.
Le personnel des Oratoriens, dans le collège de
(1) n y a danB la déclaration du revenu de ces trois domaines une dissimulation probable; ces domaines, achetés, comme nous l'avons dit, au prix de 17,000 livres, devaient rapporter un revenu supérieur à 250 livres. Nous avons, au reste , remarqué dans les rares comptes des Oratoriens qui sont arrivés jusqu'à nous une tendance à dissimuler leurs revenus et à enfler leurs charges, dans le but sans doute d'obtenir de la ville de Montbrison une subvention plus élevée.
Montbrison^ se composait d'un supérieur, d'un préfet des études, de quatre régents (nom que l'on donnait alors aux professeurs des classes de seconde, troisième, quatrième et cinquième) , d'un professeur de rhétorique, d'un professeur de physique et enfin d'un professeur de mathématiques. Jusqu'en 1725, par suite de la fondation spéciale faite par le P. Pierre Chapuis, on avait joint l'enseignement de la théologie. Mais cet enseignement, qui servait aux Oratoriens à propager leurs idées jansénistes, leur suscita des ennemis. Plus adroits ou mieux conseillés que leurs confrères de Notre-Dame-de-Grâces, dont le collège fut fermé pour les mêmes causes de 1729 à 1760, les Oratoriens de Montbrison supprimèrent l'enseignement de la théologie et apaisèrent ainsi l'oragô qui les menaçait. D'ailleurs, ajoute le manuscrit 223 de la bibliothèque de Paris (notes envoyées par M. de la Roa) , les fonds destinés à l'entretien du professeur de théologie ayant été remboursés en billets de la banque de Law et placés dans les gabelles, rapportaient à peine le tiers du revenu nécessaire au rétablissement de cette chaire. Cette rente arrivait pourtant, en 1760, à 281 livres, comme nous venons de le voir.
La fermeture momentanée du collège de Notre- Dame-de-Grâoos (1729 à 1760) dut faire augmenter le nombre des élèves de celui de Montbrison et lui donner un nouveau relief dans la province. Toutefois, il n'obtint jamais le degré d'importance et de célébrité dont jouissait Notre-Dame-de-Grâces. Au reste, ce