CHAPITRE PREMIER
Origine de l'ordre de Saiule-Drsule, vers I j37. — Sod introduction en Kraoce, 1S94. — ASÛQt-Clumontl, vanteiB. — A SdDt-BoDQel-le-ClittaaueD \62i. — A UoQthrieon en IfiïS. — Marie Cbapuis fondatrice, — La peste de Uonlbrisoa en i630. — Claude Chapuis de Villette et Marguerite Cbapuia bienbiuun des nraulinea.
L'origine de l'ordre de Sainte-Ursule, autrefois si répandu en France, remonte au commencement du XVI* siècle; une femme d'une piété fervente, nommée Angèle, née à Dezenzano, sur le I^lc de Garde, vint à B en Lombardie, au retour d'un voyage à Jéru-
Balem et à Rome^ et y fonda la compagnie des filles de Sainte-Ursule vers 1537. Ces saintes femmes n'étaient pas dans les premiers temps réunies en communauté^ et^ tout en vivant dans le monde^ elles avaient pour principal but Tinstruction des ignorants. Cet ordre religieux, approuvé d'abord en 1544 par les papes Paul III, en 1571 par Grégoire VIII, reçut de Paul V une nouvelle confirmation et surtout de nombreux privilèges.
Le premier couvent de cet ordre, en France, fut fondé à Avignon, en 1 594 , par Françoise de Bermond; il se propagea rapidement à Paris en 1612 par les soins de MM"*" Sainte-Beuve et Acarie; on croit que vers la même année les religieuses de Sainte-Ursule vinrent de Provence à Lyon et s'y établirent dans la rue de la Vieille-Monnaie (1). Toutefois, une bulle du pape, du 16 avril 1619, adressée à l'archevêque de Lyon, approuvant la fondation d'un couvent de Sainte-Ursule à Lyon, nous montre que si ce couvent existait dès l'année 1612, il n'était pas légalement approuvé par l'autorité religieusej mais il l'était par lettres patentes de Louis XIII en date de février 1611, obtenues sur la recommandation de Marie de Médicis, reine régente, pour l'instruction des filles pauvres.
Ainsi devenu régulier, l'ordre des Ursulines se propagea rapidement hors de Paris. Il avait adopté
pour son costume et ses statuts la règle de Saint-
(I) AUnanadi de la viUe de Lyon , 1799.
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Augustin. J'ai remarqué dans la bulle de 1619 que les novices , à cause de la faiblesse de leur sexe et de la malice des temps j devaient faire deux ans d'épreuves et ne pouvaient être reçues avant seize ans. Toutefois, les congrégations dont Paris était le centre ne donnaient l'habit religieux qu'à quinze ans et l'on y prononçait les vœux qu'à dix-sept.
La bulle de 1619, approuvant l'établissement des Ursulines de Lyon, autorisait en même temps la fondation de plusieurs maisons du même ordre à SainIrChamond, Saint-Bonnet (1), Montbrison et Roanne (2).
Le principal but de ces communautés était l'enseignement des jeunes filles. La vie de sainte Ursule, qui a donné son nom à cet ordre religieux, est si peu connue que l'on a peine à comprendre les rapports qui peuvent exister entre un ordre enseignant et la vierge de Cologne massacrée par les Huns avec ses onze mille compagnes. Remarquons toutefois que, dès le XIIP siècle, les universités de Paris, de Coïmbre en Portugal et de Vienne en Autriche l'avaient
(i) La balle de 1619 mentionne Saint-Bonnet sans aucune désignation, nous pensons toutefois qu'elle a voulu parler de Saint-Bonnet-le-Ghàteau , à cause de la fondation d'une maison d'Ursulines qui eut lieu dans cette petite ville au plus tard en 1625.
(2) MM. Costa et Guillien, dans leur ouvrage sur Roanne et le Roannais, disent, p. 310, qu'un chroniqueur rapporte l'établissement des Ursulines à Roanne & 161 6 ; mais Us igooient que l'acte de fondation porte la date du i 4 janvier 1631. Je crois cette dernière date plus exacte que la première, puisque la bulle du pape autorisant les Ursulines à Saint-Gfaamond, Saint-Bonnet, Roanne et Montfrison, est d€ 1619.
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déjà choisie pour palronne. C'est peut-être cette circonstance qui fit placer un ordre religieux spécialement voué à l'enseignement sous le patronage de sainte Ursule.
Quoi qu'il en soit, la fondation de cet ordre répondait à un grand besoin; après un siècle entier de guerres civiles et de bouleversements politiques, les esprits fatigués aspiraient au repos, et l'éducation, si longtemps négligée dans ces temps de troubles, devenait presque une nécessité. Aussi les principales villes du Forez s'empressèrent-elles de profiter de la bulle de 1619. La ville de Saint-Chamond la première appela dans ses murs des Ursulines.
Un couvent du même ordre fut aussi fondé peu de temps après (1625) à Saint-BonneWe4I!hâteau , par les soins et la générosité de Mad"** Françoise de Bermond qui en fut la première supérieure.
Les habitants de Montbrison désiraient aussi, depuis plusieurs années, voir fonder dans leur ville l'établissement d'une communauté enseignante. Ils avaient projeté d'abord d'y appeler les Dames de Sainte- Catherine de Sienne; mais, soit faute de ressources, soit pour tout autre motif, ce projet avait été ajourné. Toutefois, le besoin d'instruction pour les jeunes filles se faisait chaque jour sentir davantage. Une riche famille de cette époque, la famille Chapuis de Villette, ayant offert de subvenir à cette dépense évaluée à 11,000 livres, la ville de Montbrison reprit la suite de cet utile projet; le 22 novembre 1626, Claude Ilenrys, lieutenant en la Châtellenie*do Mont-
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brison, convoqua les habitants en assemblée générale pour traiter cette importante question. La majorité de l'assemblée, acceptant l'offre généreuse de la famille Chapuis, donna la préférence aux Dames de Sainte-Ursule sur les Dames de Sainte-Catherine de Sienne. En conséquence, il fut arrêté que Ton demanderait quelques religieuses au couvent de Sainte- Ursule de Saint-Chamond qui existait depuis plusieurs années, et qtfà ce premier noyau on réunirait quelques Ursulines établies depuis peu de temps à Saint-Rambert-sur-Loire par les soins de M. le comte de Vernes, prieur de Saint-Rambert, et avec son consentement. Nous avons remarqué à la fin de la délibération prise le 22 novembre 1626, par les habitants de Montbrison, une réserve ainsi conçue : « à la charge par les (( dites religieuses de ne rien demander à la ville. » C'est une de ces clauses qui émanent ordinairement des minorités vaincues dans une assemblée générale.
En conséquence, les Montbrisonnais adressèrent peu de jours après, le 26 novembre 1626, une demande à l'archevêque de Lyon, pour obtenir l'établissement dans leurs murs d'une communauté de Sainte-Ursule, par la raison, disaient-ils dans leur demande, que « les religieuses de Sainte-Ursule sont a très-utiles et nécessaires à cause de la bonne insa truction qu'elles donnent. »
L'archevêque de Lyon approuva leur demande et
autorisa l'établissement d'un couvent de cet ordre à Montbrison, le 24 mai 1628.
La demande des habitants de Montbrison avait été
faite à l'instigation d'une jeune fille de dix-huit ans^ appartenant à une des bonnes familles de Montbrison, M"* Marie Chapuis, fille de noble Vital Chapuis de Villette, conseiller au bailliage de Forez, et de dame Anne de la Veùhe.
Le 29 septembre 1627, Marie Chapuis était entrée en qualité de novice au couvent des Ursulines de Saint-Charaond, qui existait déjà depuis plusieurs années; dès le 23 janvier de Tannée suivante 1628, elle avait fait à Saint-Chamond son testament, par lequel elle donnait à ce couvent une somme de 5,000 livres qu'elle s'était constituée en dot au commencement de son noviciat; et, dans le cas où la ville de Montbrison obtiendrait l'autorisation de fonder un couvent de Sainte-Ursule, cette somme de 5,000 livres devrait être appliquée à cette fondation.
La demande des habitants do Montbrison ayant été approuvée le 24 mai 1628 par l'archevêque de Lyon, Mad"*® de Naime, sœur de la Trinité, supérieure des Ursulines de Saint-Chamond, envoya, le 8 juin 1628, un noyau de neuf religieuses de son couvent pour fonder l'établissement de Montbrison :
l"* Jeanne Relègue (sœur de la Croix), fille de Jean, capitaine-châtelain de Saint-Rambert, et de Jeanne Faure, religieuse à Saint-Chamond depuis le 27 septembre 1627;
2** Marguerite Julien (sœur de Jésus) , fille de Jean et de Suzanne Brossard, de Saint-Rambert, religieuse à Saint-Chamond depuis la même époque;
3" Louise (sœur Saint-Denis);
4* Madeleine (sœur des Anges);
b'^ Antoinette (sœur de la Transfiguration) ;
6*" Catherine (sœur de la Trinité) ;
7** Marie (sœur de la Nativité);
8"* Geneviève (sœur Saint-Louis) (1) ;
y Et enfin Marie Chapuis, jeune fille à peine âgée de 18 ans, novice au couvent de Saint-Chamond depuis le 29 septembre 1627.
Ce premier noyau s'accrut, en passant à Saint- Rambert, de deux nouvelles religieuses que M. de Vernes, prieur commandataire, avait fait venir dans cette paroisse depuis quelque temps; c'étaient Marie Pinet et Jeanne Papon. Cette dernière était fille de feu Pierre, procureur à Montbrison.
Ces onze religieuses, dont quelques-unes étaient simples novices, arrivèrent à Montbrison le lendemain 9 juin 1628, et furent de suite installées dans un logement provisoire situé sur le versant méridional de la butte du Calvaire, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le petit séminaire.
Ce provisoire, comme on le pense, était insuffisant; aussi le nouvelle communauté, sous la direction de Mad°" Jeanne Relogue, s'empressait d'acheter, dès l'année 1630, les immeubles suivants, tous situés autour de leur maison provisoire :
1" De M. Jean Retour nel, juge général de la baronnie deCouzan, une maison, avec cave, jardin et
(1) Nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement sur le nom de famille de ces religieuses.
terre contigus, située à Montbrison, sur la rue de TArche-Prouéron, moyennant la somme de 4,000 livres. (Acte reçu Granjon, notaire à Montbrison, le 15 juin 1630.)
2" Des cohéritiers Champolin, un jardin joignant à celui du couvent et contigu aux vingtains ou remparts de Montbrison, moyennant 750 livres. (Acte reçu Granjon, le 17 juin 1630.)
3** De noble Etienne Berthaud, sieur de la Chapelle, un jardin clos de murs, contenant deux cartonnées et demie, situé au château de Montbrison, confiné au nord par la rue tendant de TArche-Prouéron au dit château, moyennant 500 livres. (Acte reçu Granjon, le 21 juin 1630.
4"* De Toussainte Pierrefort, veuve de Claude Poculot, avocat au bailliage de Forez, un autre jardin à la suite du précédent et comme lui confiné au nord par la rue de TArche-Prouéron au château. (Acte reçu Granjon, le 20 septembre 1630.)
5** Du sieur Antoine Courdonnier, laboureur à Gumières, une maison en ruine, située en la rue Malvoisin ou Mauconseil, confinée au midi par ladite rue, moyennant le prix de 30 livres. (Acte reçu Granjon, le 22 mai 1631.)
6** De M. Honoré Champolin, avocat au bailliage, un bâtiment confiné au nord par la rue de TArche- Prouéron et au matin par un ruisseau, moyennant 1600 livres.
En 1634 nous voyons encore les Ursuli nés acquérir de Périne Spéri, au prix de 170 livres, une maison
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située au quartier de Saint- André ^ confinée au midi par la rue Malvoisin ou Mauconseil^ et du sieur Antoine Chauve, vigneron, une maison sise sur la même rue Mauconseil, au même prix de 170 livres.
A la même époque, 12 mai 1634, elles firent Taoquisition, moyennant 200 livres, d'un immeuble assez éloigné de leur couvent et qui par conséquent leur devenait inutile. C'était une maison située à Montbrison, rue des Alloyaux, entre le couvent des Pères Cordeliers et la rue Pra-Comtal, confinée au midi par la rue qui tend de ladite rue Pra-Comtal aux Cordeliers et au nord par le jeu de paume de M. Grata.
C'est sur ces divers emplacements que les religieuses firent construire l'église, le cloître, les dépendances avec les jardins et terrasses que nous voyons aujourd'hui occupés par l'emplacement du petit séminaire.
La chapelle non voûtée était revêtue d'un lambris à compartiments boisés, remplacé aujourd'hui par un plafond plat. En souvenir de la fondatrice, le blason des Chapuis fut sculpté sur la porte extérieure de la chapelle; on l'y voit encore. Le cloître qui entoure la cour située au midi de la chapelle est formé d'arcades à plein cintre supportées par des piliers carrés et peu élégants; les bâtiments qui entourent ce cloître datent de la même époque, à l'exception cependant de ceux qui forment la principale façade sur la rue appelée alors Arche-Prouéron. Ce corps de bâtiments, orné d'un toit avec mansardes, fut re-