‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 2)Chapitre 21 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dot des religieusee. — Immeubles et capitaux des religieuses. — Professions

de foi et trousseaux.

Nous savons par la bulle de fondation des Ursulines de 1619 que le noviciat des jeunes filles qui voulaient entrer dans cet ordre était au moins de deux ans et qu'elles ne pouvaient prononcer leurs vœux ou faire leur profession, comme on disait alors, avant d'avoir accompli leur seizième année.

La dot de chaque religieuse parait avoir été fixée d'abord à 1,800 livres, encore y avait-il des modérations pour les familles peu fortunées. Ce chiffre fut ensuite porté à 2,300 livres; et vers la fin du X VIP siècle, alors que les sujets étaient le plus abondants, il fut élevé à 3,300, somme forte pour cette époque. C'est sans doute pour mettre un frein à cette tendance ambitieuse qu'un édit royal du mois d'avril 1693 défendit aux communautés de recevoir une dot supérieure à 10,000 livres pour Paris et 6,000 livres pour la province.

Une ordonnance de 1684 de l'archevêque Camille de Neuville avait bien prescrit pour la dot des filles entrant en communauté un minimum de 200 livres

de rente pour Lyon et de 100 livres partout ailleurs, mais cette ordonnance n'avait pas fixé de maximum.

Les sœurs layes toutefois étaient reçues avec des dots de 2 à 400 livres. C'était encore pour les communautés un grand avantage de trouver chez elles des doniestiques dévouées, qui non-seulement ne leur coûtaient que la nourriture et l'entretien, mais encore apportaient avec elles une petite dot. Dans de pareilles conditions, faut-il s'étonner si la fortune des Ursulines de Montbrison, qui, en 1629, était au plus de 11^000 livres, données par la famille Chapuis, s'est élevée, grossie par une sage administration, par les dots de ses religieuses et par le produit des écoles, au chiffre de plus de 500,000 livres qu'elle avait atteint en 1791, ainsi que l'établit un tableau dressé à cette époque par Mad""* Luce Fialin, dernière supérieure de cette communauté?

En bons administrateurs de la fortune qu'elles savaient si promptement acquérir, les Ursulines en plaçaient la plus grande partie en rentes sur particuliers, et de l'autre elles achetaient des immeubles dans les environs de Montbrison. Quelques-uns de leurs immeubles composaient même la dot des sœurs, d'autres étaient pris en payement des dots promises, d'autres enfin étaient acquis comme emploi des économies réalisées, ainsi qu'on va le voir par la nomenclature des biens immeubles possédés par les Ursulines de Montbrison :

1* Deux vignes situées à Saint-Rambert, l'une d'une contenance d'environ trois hommes ou journalées.

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avaient composé la dot de la sœur Julien ( sœur de Jésus) ^ envoyée en 1629 de Saint-Chamond à Montbrison, lors du premier établissement; l'autre, de la contenance de deux journalées, avait aussi composé la dot de Jeanne Relègue (sœur de la Croix), envoyée aussi de Saint-Chamond en 1629. •

2"" Un domaine situé à la Bouteresse, avec une cave dans le château de la Bouteresse, vendu le 24 juillet 1641, devant M' Granjon, notaire à Montbrison, par M. Jean Carrier, receveur des consignations au pays de Forez, moyennant 1,500 livres qui furent compensées, jusqu'à due concurrence, avec celle de 2,400 livres qu'il devait pour la dot de sa sœur, Gasparde Carrier, admise le 25 juillet 1641..

3** Un clos de vigne, terre et jardin, contenant environ deux métérées, situé au faubourg de la Croix, acquis le 4 novembre 1646 du sieur Louis Tantillon^ au prix de 1,900 li\Tes, compensé sans doute avec une partie de la dot de Yolande Tantillon, fixée à 3,000 livres.

4^ Un autre enclos planté en vigne^ contigu au précédent, acquis de M. Etienne Chovet, le 17 janvier 1647, au prix de 300 liwes.

5'' Un petit jardin situé au même lieu, contenant une cartonnée, acquis le 5 février 1647 de Mathieu Pralier, au prix de 160 livres.

C'est dans ces trois derniers enclos^ réunis en un seul, que fut établi, en 1651, le second couvent de Sainte-Ursule dont nous parlerons bientôt. Il est même probable que ces trois immeubles furent acquis en vue de la réalisation de ce projet.

6* Un pré situé au territoire de Vaure, près de MontbrisoUj de la contenance de 4 sétives (1 hectare 20 ares), vendu le 8 décembre 1649 par Jean Papon, conseiller du roi, lieutenant en la châtellenie et prévôté de Montbrison, moyennant la somme de 800 livres, cfui fut compensée, jusqu'à due concurrence, avec celle de 2,000 livres due pour la dot de sa fille, Anne, admise le lendemain 9 décembre 1649. Cette dot se trouvait ainsi réduite à 1,200 livres, dont Gaspard Papon, le fils sans doute de Jean, faisait un nouveau titre de 1,240 livres le l""" juin 1655 et servait encore l'intérêt en Tannée 1705.

7* Un domaine appelé Perdriat, situé sur les paroisses de Chalain-le-Comtal et de Magnieu-Hauterive, acquis, le 30 janvier 1656, de François Dubreuil, prociu'eur à Montbrison, fils de Jean, avocat au bailliage, au prix de 3,800 livres. François Dubreuil l'avait acquis, depuis peu de temps, de dame Rose de la Roche, veuve de Pierre Papon, avocat au même bailliage, au prix de 3,000 livres.

Quelques fonds de ce domaine donnèrent lieu à un échange fait le 4 août 1691, devant Dupuy, notaire, entre François Goulard des Landes, sieur de Curraize, gentilhomme ordinaire de la grande vénerie du roi, et le premier couvent des Ursulines, représenté par MM°^ Béraut, Staron, Giraud et Grata.

8** Un domaine appelé des Granges^ situé au territoire des Odeberts, paroisse de Moind, acquis le 20 mars 1656 de demoiselle Fleurie Pouderoux, veuve de Pierre Henry s, écuyer, seigneur de Grézieux,

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lieutenant-assesseur criminel au bailliage de Forez ^ et de Jacques Henry s leur fils^ seigneur de Grézieux^ et Madeleine Lebeau^ sa femme^ au prix de 11^200 livres.

Le prix de ce domaine fut distribué^ d'après un ordre dressé au bailliage de Montbrison^ entre les nombreux créanciers de la famille Henry s ^ et fut insuffisant à les désintéresser. Parmi eux nous avons remarqué les noms de Anne de la Mure^ veuve de noble François Daudieu^ conseiller du roi en l'élection de Forez, tutrice de son fils Noël; M* Antoine Géroffier, enquêteur et examinateur au bailliage de Forez; noble Sébastien Rajat, sieur du Chassain, conseiller et procureur du roi en la châtellenie de Saint -Germain -Laval; Claude Enselmet, sieur du Vernet, conseiller du roi, président de la même châtellenie et maitre des requêtes de la reine; Annet de Chatillon, seigneur de Montarboux et Polognieux, demeurant à Résinet, paroisse de Marcilly-le<]!hâtel, et noble Jean de Lesgallery, conseiller du roi au bailliage de Forez, et demoiselle de Chatillon sa femme.

9* Une terre située au territoire de Rochefort, paroisse de Magnieu-Hauterive^ acquise en 1657 de Fleurie Tabordel, au prix de 74 livres.

lO' Un enclos planté de vignes, de la contenance de 25 journalées, avec un colombier, situé sur le parc de Montbrison, acquis en 1713 de Messire Antoine Chassain, conseiller du roi, assesseur en l'élection de Montbrison, et de noble Pierre de Pierrefeu, avocat en parlement, demeurant à Lyon, ^poux de Marie

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Barailhon^ fille et héritière de noble François, au prix de 2,000 livres, qui furent compensées avec une plus forte de 4,450 livres qu'ils devaient aux Ursulines, et qui fut ainsi réduite à 2,450 livres (cette créance résultait de deux titres souscrits par François Barailhon et Jeanne Lebeau, sa femme sans doute), et par Antoine Chassain, les 8 janvier 1697 et 2 mai 1701.

11' Une terre située à Bigny, paroisse de Feurs, acquise le 30 juillet 1713 de Nicolas Dupont, au prix de 517 livres.

12"* Autre terre située aux mêmes lieu et paroisse, acquise le 5 janvier 1714, acte reçu par D'huguet, notaire à Feurs, de M. Claude Pasturel, conseiller du roi, élu en Télection de Montbrison, et de dame Jeanne Gayot, sa femme, au prix de 800 livres.

Ces deux terres furent sans doute réunies au domaine Minet, situé au même lieu de Bigny, dont les Ursulines venaient d'hériter par la suppression en 1712 du couvent de Feurs.

13"" Un domaine appelé la Cotille ou Poulailler, situé à Prétieux, acquis en 1714 par expropriation (ou décret, comme on disait alors) de noble Claude Gayot, conseiller du roi à Montbrison, et de dame Staron, sa femme, au prix de 6,000 livres. Dans ce prix de vente étaient compris tous les bestiaux du domaine, qui périrent tous <c de la contagion générale arrivée à la fin do 1714. »

W Un domaine appelé Apothicaire, situé à la Motte, commune de Feurs, fut acheté en 1720 par les Ursulines de Montbrison, par l'entremise de

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M. Pierre Puy du Périer, conBeiller du roi, lieute* nant^néral au bailliage de Montbrison^ de dame Marie May^ veuve de Pierre Destandeau^ demeurant à Feurs^ tutrice de ses enfants mineurs^ au prix de 11^500 livres; en 1769^ cette acquisition donna lieu à de graves contestations : MM. Destandeau (Benoit)^ prêtre sociétaire de Feurs, et autre Benoit Destandeau^ conseiller du roi et contrôleur du grenier à sel de la même ville ^ son neveu ^ intentèrent un procès aux Ursulines en revendfcation du domaine Apothicaire; ils fondaient leur réclamation sur l'état de minorité où se trouvaient les propriétaires à l'époque de la vente. Des amis communs s'interposèrent; M. Jean Punctis^ chanoine du chapitre de Montbrison^ confesseur et directeur spirituel des Ursulines^

. et M. Tissier, procureur à Montbrison, leur directeiur temporel^ se rendirent à Feurs auprès de MM. Destandeau^ et en présence de MM"^de Viry, assistante^ et Claudine Bourg de Château-Gaillard y représentant leur communauté^ intervint une transaction par lar quelle le domaine Apothicaire fit retour à MM. Destandeau^ et ces derniers remboursèrent aux Ursulines 11^594 livres qu'elles avaient payées aux créanciers des vendeurs. Ces comptes et cette transaction occupèrent huit journées que les Ursulines passèrent auprès des religieuses de l'hôpital de Feurs ^ du 20

' au 29 septembre 1769.

15'' Un domaine appelé de Fontanes^ près du har meau de ce nom^ acquis le 9 juillet 1720 (acte regu Barrieu^ notaire à Montbrison)^ au prix de 9^150

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livres (dont 8^000 livres furent payées comptant en billets de banque) , de Claude Duperrey, de La Pouilleuse. Ce domaine avait été donné autrefois à l'hôpital Sainte- Anne de Montbrison^ par M. Biaise Janieu, bourgeois de cette ville ^ qui institua l'hôpital son héritier universel (1). Les hospitalières l'avaient revendu au sieur Duperrey^ sous la réserve^ en sus du prix qui fut stipulé^ d'une rente perpétuelle de 40 livres qui était encore due en 1 754. A cette époque, une fille Duperrey essaya inutflement de faire annuler cette vente. En 1769 le fils de Claude Duperrey revendiqua ce domaine en alléguant la^minorité de son père au jour de la vente, mais il succomba dans sa demande.

16* Un autre domaine situé à la Bouteresse, exproprié sur Gaspard Rotagnon, et acquis le 20 août 1746 au prix de 2,125 livres, qui furent compensées avec une créance de pareille somme, provenant sans doute de la dot qu'Antoinette Rotagnon s'était constituée, en 1701, lorsqu'elle fit profession de foi aux Ursulines de Montbrison.

17* Enfin, en 1748, les Ursulines restèrent adjudicataires, au prix de 1,300 livres, de quelques immeubles situés à Boën, consistant en maison, prés et terres, expropriés sur Gaspard Rotagnon, bourgeois de Saint-Georges-en-Couzan.

Tous ces immeubles étaient grevés de nombreux impôts connus sous les noms de cens, servis, dîmes,

(I) n avait été échevin de Montbrison en 1648.

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lods et milods envers les seigneurs censiers et directs, outre les droits qu'il fallait payer au roi sous le nom d'amortissement et de nouvel acquêt. Ainsi, les Ursu- Unes payaient :

l"* Au prieur de Savignieu un impôt en argent pour abénevis d'une dime qui se prélevait sur le jardin et la vigne du grand couvent (6 livres en 1635);

2'' Au commandeur de la commanderie de Saint- Jean-des-Prés à Montbrison, pour une partie de leur domaine de Fontanes et pour leur domaine des Granges, paroisse de Moind;

3*" Au seigneur de Montrond (19 livres en 1784);

4* A M. Goulard, seigneur de Curaize, pour leiu* même domaine de Fontanes et pour ceux de Prétieux et Chalain-le-C!omtal;

5"* Aux Bénédictins de la Chaize-Dieu dont l'abbé était prieur de Sainte-Eugénie ou du Palais-les-Moind, pour une vigne située aux Purelles, paroisse de Moind, et pour un domaine appelé Odebert, situé sur la même paroisse. Ce dernier impôt résultait d'un traité intervenu en 1405 entre dom Jean Clauson, moine, procureur de la maison du Palais-le&-Moind, et sieur André Odebert, marchand drapier, demeurant à Montbrison;

6"" A l'abbaye de la Bénissons-Dieu, pour sa rente noble de Bigny assise sur les immeubles de Feurs, 149 livres 7 sols 5 deniers (1748);

7'' Aux Dames de Bonlieu, 3 livres 8 sols (1 748) ;

8** Au marquis du Palais, 19 livres 19 sols (1748);

9* Au prieur de Clépé, 11 livres (1748), pour

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rentes ou dîmes qui se prélevaient sur les mêmes biens;

lO"" A M. Montagne et à la dame Ramey, sa femme, pour une partie du domaine Apothicaire, situé à Feurs, qui relevait de la rente de la Salle;

11* A M. Du Rozier, pour une rente qu'il avait acquise sur le même domaine des prieurés de Savignieu et de Saint- Albin;

12'' A M. Jean Thoinet (1706), pour une rente annuelle de 37 livres qu'il venait d'acquérir sur le domaine des Ursulines à Bigny; -

13* A M. de Luzy-Pellissac, seigneur de Chalaind'Uzore;

14* A M , seigneur de Château-Gaillard;

15° Au curé de Chalain, pour rentes ou dîmes qui se prélevaient sur le domaine de la Vizelle;

16"* A M. François de Boubée, pour une rente appelée de la Rey, qui se prélevait sur le domaine de Bigny, 90 livres (1737). Cette rente provenait des Du Rosier de Magnieu et plus anciennement des Duvernet, seigneurs de Magnieu;

17"* Au prieur de Rendans, à Feurs, 8 deniers argent, 21 boisseaux 1/2 froment, 1/2 d'orge, 2/3 d'une quarte de vin, le tout évalué à 65 livres (1726);

18** A la cure de Peurs, pour dîmes perçues sur les mêmes immeubles, 8 livres (1737);

19*" A M. Montagne, seigneur de Poncins en 1765, pour sa rente noble de Goincet, qu'il avait acquise du chapitre de Montbrison, et qui se levait sur une partie des fonds de Bigny;

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20^ Au chapitre de Montbrison pour rente assise sur le domaine d'Odebert^ paroisse de Moind^ 105 livres 17 sols 6 deniers (1734).

Après une pareille litanie d'impôts (et plus d'un sans doute nous aura échappé) , on comprendra combien il était facile d'oublier l'acquittement de quelques-uns; de plus^ plusieurs d'entr'eux étaient tellement minimes que les seigneurs ou leurs fermiers en négligeaient souvent la perception ou les laissaient arrérager pendant plusieurs années consécutives; de là naissaient des demandes qui semblaient exagérées et des procès souvent très-coûteux pour de minces intérêts. Si Ton ajoute à toutes ces 'difficultés^ les demandes de lods et milods exigibles tous les trente ans ou à chaque mutation de seigneur^ le défaut de base certaine pour l'évaluation de la propriété foncière, les nouvelles déclarations ou composition de terriers que les possesseurs de rentes étaient en droit d'exiger, enfin la division consécutive quoique lente de la propriété foncière qui, en divisant le sol divisait aussi la rente, tout cet enchevêtrement d'impôts nous explique les innombrables et interminables procès qui faisaient de cette époque le règne des procureurs. Aussi les Ursulines, malgré l'esprit conciliant que je suppose à des religieuses, eurent-elles de nombreux procès à soutenir ou à intenter. Ainsi, à la mort de M* Jean-Baptiste Foin, leur procureur pendant les années 1719 à 1742 (soit 23 ans), elles eurent à payer à ses héritiers une somme, taxée par le bailliage, de

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