Tome
186 LBS COUVENTS DE MONTBHISON.
cune donation ne vint augmenter leur patrimoine; à peine dans le cours de leur existence^ qui a été de cent soixante ans^ avons-nous remarqué quelques fondations pieuses faites dans leur église. La f)remière à signaler est celle qui fut faite par Jean-Marie de la Mure^ chanoine de Montbrison^ notre cher historien. Par son testament du 24 juin 1675^ reçu M* Imbert Royer, notaire à Montbrison^ il affecte une rente annuelle de 4 livres au payement d'une grand messe à célébrer chaque année le 28 août^ jour de la fête de saint Augustin^ dans l'église des religieuses de l'ancien et premier couvent de Sainte-Ursule, qui est dans l'enclos de la ville de Montbrison (par oppo* sition au deuxième et petit couvent qui était en dehors des murailles), par le chapitre et tout le clergé de ladite église de Montbrison. Notre pieux chanoine fsd* sait de son vivant et à ses frais célébrer cette messe solennelle ainsi qu'il l'explique dans son testament. (On se rappellera que les Usulines suivaient la règle dite de Saint- Augustin (1).)
Une autre fondation pieuse fut faite au monastère peu d'années après, c'est celle d'une prébende ou commission de six messes à dire annuellement aux fêtes de la Croix, de Sainte-Marthe, de Saint- Augustin, de Sainte-Ursule,, de Saint-Geoffroy et le jour du décès du fondateur. Cette fondation pieuse fut faite
(I) Nous devons à M. Gharerondier, archiviste ri a département de la Loire, U découverte et ]a publication du précieux testament de de la UuTe. (Notet pour iervir à la biographie de Jean-Marie de la Mure, par Auguste Chaverondier, p. 18.)
le 5 avril 1686^ devant Cluzel^ notaire à MontbriBon^ par Geoffroy Péronnin, prêtre prébendier de l'église de Notre-Dame. II affecta au service de cette prébende rusufruit d'une terre d'environ huit cartonnées^ située au Bruchet^ paroisse de Moind. Le prébendier était à la nomination des religieuses.
Autre fondation : celle de dix messes et de dix saints annuellement^ faite le 31 décembre 1695^ devant M' Pierre Thoinet, notaire à Montbrison^ par Mademoiselle Françoise Hérault^ de Paris, femme de Nicolas Doublet, conseiller du roi, contrôleur des deniers du diocèse de Lyon. Il est dit dans l'acte que cette fondation est faite à cause que la fondatrice a deux soeurs au couvent de Montbrison : Mesd"*" Claudine et Madeleine Hérault, filles de noble Pierre et de Françoise Gonin, reçues en 1643 et 1646 (1). Cette fondation eut lieu moyennant le payement d'une somme de 500 livres. Elle fut acceptée par Mesd"** Geneviève Gonin (sœur Saint-Ignace), supérieure; Catherine Staron (sœur de la Présentation), assistante; Claudine Hérault (sœur Sainte- Agnès) , zélatrice; Françoise Giraud (sœur de la Mère de Dieu), conseillère; Claudine d'Ailly (sœmr Sainte-Ursule), dépositaire.
La dernière fondation d'une messe à dire chaque mois et perpétuellement, fut faite, le 12 juin 1698, devant le même notaire (Thoinet), moyennant 650
(1) Voir à la fin de l'ouvrage les notes généalogiques sur les religieux des oonvents de Montbrison.
livres^ par Messire François Papard, conseiller secrétaire du roi^ trésorier général de l'ordinaire des guerres à Paris. Cette fondation fut faite en présence de Messire Charles Andrault de Langeron de Maule^ vrier, secrétaire de Saint-Jean^ comte de Lyon, abbé commandataire de Saint-Pierre-les-Châlons, conseillei* du roi, aumônier ordinaire de Sa Majesté, vicaire général de Tarchevêque de Lyon; elle fut acceptée par Mesd"** Staron, supérieure; Marthe d*Ailly, assistante; Gonin, zélatrice; Giraud, discrète, et Claudine d'Ailly, dépositaire.
Nous avons vu qu'un caveau avait été construit au milieu de la chapelle des Ursulines, destiné à recevoir les corps de la fondatrice et des membres de sa famille; ce tombeau ou vaSj comme on disait alors, fut ouvert vers 1700 pour recevoir le corps de Mad**^ Chapuis de Foris. Cette sépulture donna lieu à un procès entre les Ursulines et Messire Simon Pactier, curé de la paroisse Baint-Pierre de Montbrison, d'où relevait le grand couvent. La famille Chapuis, qui était nombreuse et riche, habitait sans doute sur cette paroisse; le curé craignant de perdre une partie de son casuel ou droits curiauXj réclama aux Ursulines les droits qui lui étaient dûs sur les sépultures qui avaient lieu dans leur convent. Les religieuses résistèrent, une instance fut engagée au bailliage de Montbrison. Mais des amis communs s'interposèrent et une transaction fut signée le 11 juin 1706. Les articles de ce traité portaient : l"* qu'au cas de décès des membres de la famille Chapuis de Vilette, ou autres personnes qui
LB8 UBSULINBS. 189
voudront choisir leur sépulture dans la chapelle du couvent^ le corps sera porté d'abord dans l'église du curé^ puis amené par le curé à la chapelle du couvent^ et la cérémonie achevée par leur aumônier; en conséquence^ il sera payé au curé 8 livres et la moitié des cierges;
2"* Les corps des pensionnaires ^ bienfaitrices et domestiques du couvent seront livrés au curé pour être enterrés au lieu désigné par les défunts; mais^ s'ils ont choisi leur sépulture dans le couvent^ ils y seront enterrés sans être portés à Téglise du curé; et sans que le curé puisse faire aucun service dans la chapelle; néanmoins^ il sera payé 15 livres au curé et 8 livres seulement pour les domestiques;
S** Que les domestiques devronl; faire leur communion pascale dans l'église Saint-Pierre;
4"* Plus^ il a été payé au curé 50 livres pour les frais du procès et pour ses droits dans l'enterrement de M*''* Chapuis de Foris^ qui a été fait dans la chapelle^ il y a quelques années.
Le tombeau de la famille Chapuis se rouvrit le 19 août 1772 pour recevoir le corps de M"* Marie Guigou des Oranges^ néeChapuis de Vilette^ décédée à Montbrison à l'âge de 85 ans. Cet enterrement se fit avec grande solennité et notamment en présence de Antoine-Joseph de la Pierre de SaintrHilaire^ écuyer> seigneur de Saint-Hilaire, Valprivas et autres lieux, de Jean-Marie de Barge de Foris, tous deux neveux de la défunte, et de Pierre- Antoine Chapuis de Malcombe, parent de la défunte*
Peu d'années après, le 24 juillet]1777, le même caveau s'ouvrit encore devant le corps de dame Jeanne- Mariejde Foris, âgée de 37 ans, femme deM. de la Pierre de Saint-Hilaire dont nous venons de parler.
Ce même tombeau s'ouvrit enfin , pour la dernière fois, en 1788, pour recevoir le corps de dame Marie- Josephe d'Inguimbert de Pramiral, âgée de 67 ans, supérieure des Ursulines depuis dix ans. Cette sépulture eut lieu en la présence de frère Honoré Courajod. Récollet, confesseur des religieuses, et d'Aimé Barberot, aussi Récollet, résidant à l'hospice (1).
La famille Chapuis de Vilette, représentée alors par une jeune fille, était dans un état voisin de l'indigence qui ne lui permit pas, sans doute, de réclamer le privilège de son tombeau, que l'on faisait servir à la sépulture de la supérieure du couvent. Au reste, en échange de ce privilège, les Ursulines lui offraient un' asile et lui donnaient, ce qui valait mieux, l'instruction gratuite jusqu'en l'année 1792, qui emporta et la fondation et les fondateurs.
Nous avons vu qu'un violent incendie avait consumé, en 1738, la plus grande partie des bâtiments du petit couvent des Ursulines. Par un fatal rapprochement, un incendie aussi terrible avait détruit, en 1734, une partie du grand couvent, notamment le parloir, l'escalier et les chambres. Dès l'année 1735,
(1) Oa donnait le nom d'hospice à la partie du couvent de Sainte-Glaire affectée aux Récoliet-s qni dirigeaient les consciences des sœurs de Sainte- Glaire. (Voir notre notice sur ce couvent, t. i*', p. 340.]
LBS URSULINBS. 191
les religieuses firent reconstruire la partie brûlée^ celle située sur la rue de T Arche-Prouéron , aujour* d'hui comprise entre la porte principale et les écuries et remises qui sont au bas de cette rue. Il est facile de reconnaître encore de nos jours que ce corps de bâtiment est postérieur aux trois autres ; à rintérieur, les arcades^ qui forment la partie occidentale du cloître sont d'un cintre plus élevé et moins lourd que celles qui composent les deux autres parties du même cloître. Les piliers de la partie neuve sont carrés comme les anciens^ mais dans des proportions plus fortes, par la raison qu'ils supportent le corridor qui dessert, au premier étage, la nouvelle construotion, tandis que les piliers de l'ancien cloître, destinés à porter une espèce d'auvent ou charpente légère, étaient dans de petites proportions. La toiture elle* même diffère essentiellement des anciennes. Sacrifiant au goût de l'époque, l'architecte couronna cette construction en tuiles plates et lui donna la forme connue sous le nom de mansarde.
C'est sans doute pour faire face aux dépenses occar sionnées par cette importante reconstruction que les religieuses empruntaient, en 1735 et 1736, une somme de 3,000 livres de M. Jean Fialin, curé de Saint-Georges de Baroille, plus tard curé de Marcillyle-Chatel en 1771, un autre capital de 5,000 livres de M. Philibert Boiu*g, seigneiu* de Château-Gaillard, contrôleiu* au grenier à sel de Montbrison, et enfin 600 livres des Dames de la Visitation de Sainte-Marie de Montbrison,
193 LBS œUYBNTS DE MONTBRISON.
L'année 1755 imposa encore une dépense imprévue et qui dut s'élever à un chiffre assez fort; les greniers^ construits au bas de la rue de TArche-Prouéron, s'écroulèrent subitement; il fallut se hâter d'autant plus de les faire relever qu'ils servaient de clôture dans cette partie du couvent.
Mais les revenus ordinaires de 1 755 étaient assez forts pour faire face sans emprunt à une dépense même assez élevée.
Ces revenus consistaient :
1* Dans le produit net de six domaines arrivant à 30001iv,
Le prix d'achat de ces immeubles était de 30,500 livres.
2* Le produit de trente journalées de vignes situées soit dans l'intérieur du couvent, soit dans leur enclos des Purelles, soit enfin dans celui du faubourg de la Croix. Ce produit, comme tous ceux des pays viticoles, était sujet à de grandes va* riations; il arriva en 1755 à trente^ieux ànées évaluées à raison de lOliv. l'une à.. 320
Nous l'avons vu en 1720 descendre à quinze ânées et en 1763 s'élever à cinquante^^inq.
3'' Le produit de la dime de la Roue arriva à six septiers de seigle, de seize bichets chacun, évalués à raison de 20 liv. à 120
A reporter. .,..., 3440 liv.
LES URSULHOSS. 193
Report 34401iv.
4* 600 livres provenant d'un capital de 24,000 liv. placé sur particuliers et réduit à un intérêt de 2 Va pour cent depuis l'année i720, époque de l'émission des billets de banque de Law. . . . , 600
(La plus grande partie des débiteurs de cette époque profitèrent de l'émission de ce papier qui avait cours forcé, et qui fut bien vite déprécié de 50 7*^ pour obtenir de leurs créanciers une réduction dans le taux de l'intérêt par la menace de rembourser le capital en papier.)
5* 744 livres représentant l'intérêt à 2 Va pour cent d'un capital de 35,299 livres en billets de la même banque, placé sur les tailles de Paris 744
6* 550 livres provenant d'un contrat de rentes sur la ville de Paris au capital de 22,000 livres 550
7* 1,520 livres provenant de rentes sur particuliers au capital de 30,400 livres (placements faits sans doute après la chute du système de Law) 1520
Total 68541iv.
En réunissant à ces produits assurés ceux éventuels, tels que le produit de l'enseignement qui arrivait en moyenne à 800
A reporter.. 6854 liy.
194 LES COUVENTS DE MONTfiRISON.
Report 68541iv.
ou 900 livres 900
ou la dot d'une nouvelle religieuse qui
était fixée à 3,300 livres 3300
on verra que nos Ursulines possédaient un revenu d'environ 11,000 livres.
Total 110541iv.
Chiffre très-important, eu égard à l'époque dont nous parlons.
Nous devons remarquer toutefois que le personnel du couvent était à cette époque (1755) plus élevé que jamais, à cause de l'admission de cinq sœurs du couvent supprimé, qui s'étaient retirées dans la maison-mère. Ce personnel comprenait soixante-aeux personnes (sans compter les jeunes pensionnaires) ainsi réparties : quarante-neuf religieuses de chœur (dont douze très-infirmes), neuf sœurs converses (dont trois infirmes), deux tourières et deux valets.
Outre les dépenses journalières de nourriture, entretien et logement, qui variaient à cette époque entre 5 à 6,000 livres ôOOOliv.
Les Ursulines payaient en cens, servis et autres charges sur les domaines 1176
Plus, à leur confesseur et chapelain chargé de dire les messes fondées 350
Total 8526
Dès l'année 1654 nous voyons ces fonctions d'aumônier remplies par M" de Lesgallery jusqu'en 1666,
OÙ il fut remplacé par M" Pierre Chapuis, prêtre de rOratoire de Jésus à Montbrison, jusque vers 1680. A partir de cette époque, ces fonctions d'aumônier confesseur furent toujours remplies par un chanoine du chapitre de Notre-Dame de Montbrison : M" Marie- Jean Barrieu jusqu'en 1700; M" Jean-Marie Caze jusqu'en 1751; après lui nous trouvons M"* Etienne- Alexandre Javelle, jusqu'en 1769, où il eut pour successeur M'* Jean Punctis de la Tour. Ce dernier fut remplacé en 1777 par l'abbé RoUet qui remplit cette fonction jusqu'en 1784. On lui donna pour successeurs deux Récollets : les PP. Honoré Courajod et Aimé Barberot dont nous avons parlé.
Un membre de la famille de Lesgallery, que nous venons de citer, appelé Laurent, fut pendant de longues années aumônier confesseur des religieuses du deuxième couvent; il mourut vers 1750, après avoir fondé en 1 736 cinq messes à dire annuellement dans l'église des Dames de la Visitation de Sainte- Marie de Montbrison. A cet effet, il leur fit donation d'un capital de 120 livres. C'est peut-être le même qui en 1694 était vicaire à Chevrières et signait de Lesgallery d' Apinac. Cétait sans doute à sa mère que remontait l'alliance de la famille de Lesgallery avec celle d' Apinac,
196 LBS GOUYBNTS DE MONTBRISON.