S*-PIERRE, S^-MADELEINE ET S'-ANDRÉ
Dame devint le siège de la principale; elle fut composée de l'ancienne paroisse de Ôaint-André et de l'annexe de Sainte-Anne qui relevait de la paroisse de Moind. Celle de Saint-Pierre, avec le titre de succursale, comprit l'ancienne paroisse de Saint-Pierre, les deux tiers environ de la paroisse de la Madeleine et un quart environ de la paroisse de Savignieu.
Cette réduction à deux paroisses et leurs nouvelles délimitations subsistent encore. Le nom de succursale donné d'abord à Saint-Pierre a disparu, et les deux paroisses de Montbrison marchent aujourd'hui do pair, sans aucune dépendance de l'une envers l'autre.
LÉPROSERIE DE MOIND
La léproserie de Moind dont on connaît h peine l'emplacement aujourd'hui^ située au nord et à quelques centaines de mètres de l'église Sainte-Eugénie^ à un kilomètre au sud de Montbrison^ était une fondation du comte de Forez Guy 11^ dans la première moitié du XIP siècle.
Elle était connue sous le nom de maladrerie ou léproserie de Saint-Lazare. Ses bâtiments étaient situés au bord oriental de la route qui relie le village de Moind à Montbrison^ à peu de distance de deux sources d'eaux minérales^ dont une coule encore.
L'une de ces sources touchait à la maison du Palais Cdormis PalatiiJ convertie plus tard en un prieuré du nom de Sainte-Eugénie, relevant des Bénédictins de la Chaiz&-Dieu. L'autre était plus au nord à quelque cent mètres de la précédente (1).
(1) La fondation du prieuré de Sainte-Eugcnie per les Bénédictins de la
La première de œs sources avait été connue des Romains qui possédaient dans cette localité, autrefois importante, des thermes et même un théâtre dont les belles ruines subsistent encore. Ils avaient a ena fermé cette source dans une petite enceinte soute- <r nue par des colonnes qui sont aujourd'hui détruites oc par vétusté (1). »
Lors de la construction du prieuré de Sainte- Eugénie sur les ruines romaines de la maison du Palais, les moines de la Chaize-Dieu enfermèrent dans son enceinte la source romaine; peut-être tirèrent-ils quelques profits de cette source et lui rendirent-ils la réputation qu'elle avait autrefois. Quoi qu'il en soit, elle cessa d'être un lieu public. La seconde source, restée en dehors du-prieuré, avait sans doute les mêmes propriétés; ces propriétés, réelles ou imaginaires^ jointes aux souvenirs non encore effacés des thermes romains, lui valurent une certaine réputation (2) . Les lépreux ou ladres du moyen-âge, (tristes fruits des premières croisades), y vinrent cher-
Chaize-Dieu doit .remonter & la fin du XI* siècle , elle dut suivre de près la donation que le comte de Forez, Guillaume, fit à ces moines, en 1096, de l'église de Saint-Julien de Moind.
(1) ÀnaUfte det eavx minéraïes dû Forez, par Richard de la Prade (1778), page 61.
(2) Ces eaux minérales avaient sans doute alors plus de vertus qu'aujourd'hui. Auguste Bernard croit avec raison que ces eaux ont perdu une partie de leurs propriétés, à cause de l'exhaussement du chemin qui borde ces sources. Les eaux pluviales , renconirant dans cette chaussée un obstacle à leur écoulement se mêlent aux eaux minérales. fDacriptiùn du payt det Ségutiave», par Bernard , p. 93.
LÉPROSERIE DE MOIND. 327
cher un remède à leur affreuse maladie. Nos comtes, voulant procurer un soulagement à un mal qu'ils avaient occasionné en entraînant leurs sujets dans les guerres d'Orient, fondèrent auprès de cette seconde source un hôpital pour les lépreux, et lui donnèrent saint Lazare pour patron.
Cette maladie contagieuse faisait alors de si grands ravages dans les populations qu'on était réduit à séquestrer ceux qui en étaient atteints, à les cantonner dans certaines parties du territoire, à leur défendre l'accès des lieux publics, la fréquentation des grands chemins, l'entrée même des églises; on prenait enfin à leur égard les mêmes précautions qu'envers des animaux dangereux.
Dès l'année 1148 le comte Guy II voulut faire construire une église dans la léproserie de Moind, et joindre aux soulagements physiques les consolations morales; mais il rencontra une vive opposition de la part du prieur de Savignieu, dont la juridiction ecclésiastique s'étendait sur la paroisse de Moind. Ce projet fut ajourné jusqu'en 1198, époque où fut passée, en présence du comte et par ses soins, une transaction entre Arthaud, prieur de Savignieu, et Pierre, maître et recteur de la maison de Saint- Lazare. Cette transaction portait : ce 1*" que l'église a des infirmes reconnaîtra comme église-mère celle
« de Savignieu ; 2** que le prêtre qui desservira
« ladite église remettra au prieur de Savignieu les « offrandes qu'il aura reçues, étant revêtu de ses a habits sacerdotaux, des paroissiens de Savignieu,
328 LES COin^ENTS DE MONTBRISOX.
ce et des paroissiens de Montbrison et de Moind qui
a en dépendent Quant aux offrandes des voya-
a genre, marchands et pèlerins, faites aux infirmes « et à leur prêtre, ladite maison de Savignieu n'y a aura aucuns droits. »
Cette dernière réserve en faveur de cet hospice semble indiquer qu'à son origine il offrait un asile aux voyageurs, ou que, placé au bord de la grande route romaine de Feurs à Rhodez, il recevait d'abondantes aumônes des passants.
Pour éteindre complètement les rivalités qui, dans le principe, avaient surgi entre le prêtre de la léproserie et le prieur de Savignieu, le service religieux de cet hospice fut confié à un Bénédictin de Savignieu. En 1489 un des moines du prieuré avait le titre et remplissait les fonctions de recteur de Saint-Lazare. En 1490 ce titre appartenait à Jean Chatel, prieur claustral de Savignieu.
Les lépreux admis dans cet hospice prenaient le nom de frères ou donnés. Ils formaient comme une espèce de collège ou chapitre, possédant en commun les biens qu'ils administraient eux-mêmes. Tout ce qui intéressait leur maison devait être traité capitulairement, dans la chapelle, en présence du curé et de l'économe. Le directeur ou supérieur de la maison prenait, comme dans tous les autres hospices ou hôtels-dieu, le titre de maître ou de recteur.
Lorsqu'un frère de la léproserie de Moind se mariait il devait quitter la maison , et il était déchu de tous ses droits sur les biens de la communauté. Une
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exœption toutefois fut faite, en 1301, en^ faveur de Martin, de Montrond, qui, bien que marié, continua à vivre dans l'hospice, à cause de certaines donations qu'il lui avait faites (1).
Le fondateur de l'hospice des lépreux et les comtes ses successeurs lui avaient donné des rentes et cens; les lépreux possédaient aussi les droits de leyde sur les blés et le sel qui se vendaient à Moind. En 1254 les ladres de Moind affermaient ce droit d'impôt à Pierre Donzel d'Escotay (2). Les mêmes droits de leyde à percevoir sur les marchandises vendues sur les marchés de Montbrison et de Saint^almier avaient été donnés par nos comtes aux hôpitaux qu'ils avaient fondés dans ces deux villes.
Outre ces cens, rentes et leydes, la maison de Saint-Lazare possédait de grands biens en terres au territoire de Bosco et de Curraize; ces biens lui provenaient peut-être d'une donation faite en 1264 par le chevalier Regnault de Bar d'immeubles situés à la Tourette, près de Curraize (3).
U Inventaire des titres du comté de Forez j publié par M. Chaverondicr, p. 390, mentionne une
(1) hvceniaire des tiirei du comté de Forez dressé en 1532 , publié en 1860 par Auguste Ghaverondier, p. 395.
(2) Id. id. p. 402.
(3) Id. id. p. 388.
Bertrand de Barres, membre de la même famille sans doute, quoique son nom soit écrit différemment , était prieur de Saint-Jean-de-Jérusalem de Montbrison. Son inscription tumulaire porte la date de 1244. Nous en parlerons dans notre article sur la commanderie de Saint-Jean-des-Prés.