Tome
;^S0 LES GOUVEXTS DE MOXTBRISON.
grange que les lépreux possédaient au XIIP siècle au lieu de Fontaneis, paroisse de Chalagny, et d'une acquisition qu'ils avaient faite en 1260 à Fontaneys ^ sur le chemin de Boisset à Ygriz (p. 403). Je crois que cet inventaire contient une erreur en plaçant cette grange à FontaneySj village très-éloigné de Moind et situé dans les hautes montagnes qui séparent la vallée du Rhône de celle de la Loire, et qu'il faut lire Fontanes près de Montbrison; à moins que cette dernière localité ne portât aussi, dans ces temps reculés, le nom de Fontaneys. Fontanes, en effet, est situé à quelques kilomètres de Moind, près de Boisset en la paroisse de ChalaiUj dont nous croyons retrouver le nom dans celui de Chalagny.
Chaque lépreux devait encore payer lors de son admission dans l'hospice une somme de dix sous de l'époque. Enfin la léproserie percevait un impôt de dix autres sous pour chaque criminel pendu aux pilles de GrouDiard. On nommait ainsi les fourches patibulaires du comte de Forez, dressées dans le mandement de Moind , entre ce bourg et la route de Montbrison à Saint-Eteinne, par conséquent tout auprès de la léproserie et sans doute sur ses terres.
Auguste Bernard dit que l'hôpital des lépreux fut supprimé vers 1325, et ses revenus réunis à l'hôpital Sainte-Anne; mais il ne fournit aucune preuve à l'appui de son assertion. Malgré notre déférence pour un historien ordinairement bien renseigné, nous croyons qu'il a commis une erreur de dates, et que cette réunion a dû s'accomplir bien plus tard. En effet,
LKPHOSKIUE LK MOIXD. 331
nous avons trouvé aux archives de la préfecture de la Loire (fonds des Oratoriens) , le testament de Claude do Tournon, en date du 31 août 1538, par lequel il donne « aux pauvres malades de Lèpre ^ résidant (L en la maladrerle étant auprès de Montbrison, a tirant Moind, une rente perpétuelle ou aumône « de vingt sols tournois qui devra leur être payée le (( jour de son enterrement. » Ce testament de 1538 est une preuve évidente que la maladrerie de Moind subsistait encore, et qu'on y recevait des lépreux (1). Mais il est probable que, des cette époque, les revenus de la léproserie étaient unis à ceux de Thôpital. Ce qui nous porte à croire que cette union avait eu lieu c'est que l'inventaire des titres du comté de Forez, dressé en 1532 par Jacques Luillier, et publié en 1860 par M. Chaverondier, mentionne sous une même liasse et sous un même titre : V hôpital des povres de Mont^ brison, l'analyse de plusieurs actes concernant la maladrerie de Moind. Les revenus des deux maisons étaient dès lors confondus dans une seule administration, mais les deux hospices subsistaient simultanément et séparément. Il en est de môme aujourd'hui pour les deux établissements de la Charité et de l'hôpital de Montbrison.
Aug. Bernard ajoute dans les notes manuscrites de son Histoire du Forez : La léproserie de Moind apporta à l'hôpital Sainte-Anne de nombreux revenus dont j'ai V inventaire. Malgré nos recherches, il ne
(I) Voir sur le testament de Claude de Tournon, p. M.
nous a pas été donné de retrouver ce précieux inventaire dans les notes manuscrites qu'Aug. Bernard a léguées à la ville de Saint-Etienne.
Un tableau synoptique sur Thôpital Sainte-Anne, imprimé à Montbrison, par Bernard aîné, vers 1850, dit que la léproserie de Moind appartenait à Tordre des Templiers, et qu'à la suppression de cet ordre, en 1312, elle fut annexée à l'hôpital de Montbrison. Nous croyons facilement à cette annexion, mais nous aurions désiré que l'auteur de ce tableau indiquât les sources où il avait trouvé que la léproserie de Moind avait appartenu aux chevaliers du Temple. C'est la première fois que nous avons vu cette indication.
Quelle que soit au reste l'époque de la suppression de cette léproserie, les bâtiments furent complètement détruits; et de son existence il ne reste d'autres souvenirs matériels que la fontaine des Ladres, nom qui est resté à la source d'eaux minérales qui existe encore au bord et au matin de la route de Montbrison à Moind, et la croix des Ladres qui se voyait encore dans le voisinage en 1830.
La petite église de Saint-Lazare subsista toutefois jusqu'en 1729, où elle fut démolie, et ses matériaux employés à la reconstruction de la chapelle actuelle de l'hôpital Sainte-Anne.
La maladie de la lèpre inspirait partout une si grande horreur que personne n'aurait voulu utiliser les bâtiments qui lui avaient donné asile. C'est ce qui explique pourquoi il n'est pas resté vestige de la léproserie de Moind.